Il avait quitté son pays natal après la passation de pouvoir il y a plus de deux ans et n’en avait pas depuis refoulé le sol. L’ancien dirigeant du Sénégal Macky Sall sera de retour vendredi 17 juillet à l’occasion d’une rencontre avec le président Bassirou Diomaye Faye, à Dakar, afin d’évoquer sa candidature au poste de secrétaire général de l’ONU.
Alors que la rumeur courait depuis plusieurs jours, Macky Sall a confirmé sa visite par le biais d’un communiqué daté du 14 juillet, remerciant l’actuel président de lui accorder un entretien.
« Il s’agit d’un déplacement express de 15h à 18h qui s’inscrit dans le cadre de sa campagne internationale pour fédérer autour de sa candidature aux Nations unies », indique l’un de ses proches soutiens. Cette brève visite a été programmée entre un déplacement à Londres et en Colombie, précise-t-il.
Une entrevue qui fait couler beaucoup d’encre au vu des très mauvaises relations entre l’ancien et le nouveau pouvoir.
Un candidat en quête de soutien
L’ancien président fait partie des quatre candidats officiels à la succession d’Antonio Guterres, dont le second mandat de cinq ans s’achèvera fin 2026. Il fait face à l’Argentin Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet et la costaricienne Rebeca Grynspan, cheffe de l’agence des Nations Unies pour le commerce.
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Macky Sall avait évoqué pour la première fois publiquement cette ambition lors d’une interview en septembre 2025, conditionnant sa candidature à « la volonté » des pays membres du Conseil de sécurité, du Sénégal, de l’Afrique et « du monde islamique ». Pourtant il n’a toujours pas obtenu le soutien de son pays. La lettre qu’il avait envoyée à Bassirou Diomaye Faye sollicitant son approbation est restée sans réponse.
Déposée le 2 mars par le Burundi, président en exercice de l’Union africaine, sa candidature n’a pas non plus obtenu le soutien de l’organisation panafricaine, 20 de ses 55 membres ayant objecté ou réclamé un délai de réflexion supplémentaire.
Candidature polémique
Au Sénégal, l’embarras suscité par la candidature de l’ex-président n’avait surpris personne. Élu triomphalement le 24 mars 2024 sur une promesse de « rupture » avec le système, le duo Faye-Sonko avait promis de réclamer des comptes à l’ancien régime, sur la question des finances publiques ainsi que sa gestion des manifestations politiques qui ont fait au moins 65 morts entre 2021 et 2024, la plupart tués par balles.
Mais des divergences sont depuis apparues entre le président et son Premier ministre, notamment sur l’avancée de ces dossiers, jugée trop lente par Ousmane Sonko.
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Le 23 mai 2026, Bassirou Diomaye Faye a limogé son chef de gouvernement. Ousmane Sonko a depuis été élu par son parti le Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) à la tête de l’Assemblée nationale.
« Il y a quelques semaines encore, avec Ousmane Sonko premier ministre, une visite de Macky Sall aurait été considérée totalement inenvisageable souligne le politiste et sociologue sénégalais Saliou Ngom. Mais le conflit politique entre les deux hommes a rebattu les cartes », poursuit-il.
Du côté du Pastef, la visite passe très mal. « Comment peut-on dérouler le tapis rouge à Macky Sall alors que son rôle dans la répression sanglante que nous avons vécue n’a pas encore été élucidé ? » s’insurge Alioune Sall, ancien ministre de la Communication du gouvernement Sonko, dissout par Bassirou Diomaye Faye. « Cette visite nous surprend. Elle n’est pas en phase avec le projet que nous avons vendu aux Sénégalais et qui a porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir ».
Recomposition politique
Dans le camp du président, le silence prédomine. Le ministre des Forces armées Yankhoba Diémé a rappelé que Macky Sall « ne fait l’objet d’aucune accusation, d’aucune poursuite encore moins d’aucune condamnation » et « a le droit d’entrer et de sortir du territoire », sans toutefois commenter la rencontre prévue avec le président.
« En accueillant Macky Sall, Bassirou Diomaye Faye accentue encore le clivage politique avec Ousmane Sonko, revendiquant ainsi une posture républicaine, plus modérée » analyse Saliou Ngom. « Il espère ainsi bénéficier du capital sympathie de ses militants en vue des prochaines échéances électorales et notamment des élections locales qui devraient avoir lieu en février 2027. Et cela tombe bien car Macky Sall lui aussi a besoin du soutien du Sénégal. Il n’est pas question ici d’une alliance formelle, qui serait de toute façon difficile à assumer pour le président, mais plutôt d’une forme d’entente », conclut-il.
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Du côté de l’APR (L’Alliance pour la République), le parti de Macky Sall, l’idée d’une éventuelle alliance n’est pas à l’ordre du jour. « Nous saluons cette rencontre qui honore le Sénégal et la démocratie. Mais nous sommes un parti d’opposition. Il n’y a à ce stade aucun rapprochement. Nous ne sommes pas dans cette logique » indique la source contactée par France 24.
Bassirou Diomaye Faye semble également chasser sur les terres du PDS (Parti démocratique sénégalais) de l’ex-président Abdoulaye Wade auquel il a rendu un vibrant hommage à l’occasion de ses 100 ans, lors d’une grande cérémonie à Dakar.
Le président sénégalais a rencontré son fils Karim Wade mercredi au Qatar, où il s’était rendu pour les obsèques de l’ancien émir, ravivant une fois de plus les débats politiques au Sénégal.
Dans ce contexte électrique, Macky Sall a prévu de limiter sa visite à l’essentiel. « En raison d’un emploi du temps particulièrement chargé je repartirai de Dakar aussitôt après mon entretien », précise-t-il dans son communiqué, expliquant réserver les retrouvailles avec ses « sympathisants » pour une prochaine visite.
A la veille de son arrivée, des collectifs représentant les victimes des violences politiques ont tenu une conférence de presse à Dakar pour réclamer des comptes à la justice et exprimer leur opposition à la candidature de l’ex-président, qui jette selon eux le « discrédit sur l’ONU ».
Source:
www.france24.com





