« Ma bulle, je la mature depuis longtemps. Quand tu fais de la musique, tu te perds beaucoup, t’oublies tout. C’est peut-être ça que les gens aiment dans ma musique. »
À 22 ans, Saïf s’impose comme une des têtes d’affiche de la nouvelle génération du rap français, nourri par l’héritage de références comme Niro ou encore SCH. Trash et mélancolique, le Franco-Marocain plante son décor dans ses morceaux grâce à une narration efficace qui touche. Porté par des titres comme “Malade” ou “Médusa”, son premier EP L’Hiver, sorti en février 2025, est depuis certifié disque d’or. Dans le sillage de cette réussite, le représentant du Vaucluse (84) sort son deuxième EP en juin, Si vous saviez.
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On le retrouve devant les locaux de Konbini pour discuter et réaliser sa toute première interview. Une petite heure de discussion à lire dès maintenant :
Konbini | Comment tu expliques que tu n’avais pas encore pris la parole et qu’on trouve assez peu d’informations sur toi ?
C’est que, en vrai, je m’ouvre déjà assez dans les sons, je pense, et globalement, on n’est pas trop interviewés.
Dans la vie, t’es quelqu’un de discret ?
En vrai oui, on n’est pas des gens qui vont en boîte de nuit, j’aime pas trop ça, le bruit. Mon premier concert, dis-toi que je l’ai vu il y a 8 mois seulement. C’était celui de Rim’K. Ça s’explique parce que j’étais focus sur le son, et pas trop sur les concerts. Et c’était lourd, après c’est Rim’K donc normal. C’est le tonton, on est nés avec.
Et en plus t’as un featuring avec lui ! Ça s’est fait comment ?
Bah c’est lui qui m’a branché, et on l’a fait à distance. Il était à Paris, moi j’étais chez moi. Il travaillait sur son album, moi sur le mien, ce qui fait que c’était compliqué. Je lui ai envoyé une prod, il a bien aimé, il m’a envoyé un premier couplet de fou et j’ai suivi, en un seul son, c’était bon. On aurait dit qu’on était ensemble en cabine carrément (rires).
Tu l’as rencontré ensuite du coup ?
Au clip justement. Et c’est là où j’ai compris pourquoi ça l’appelle le tonton. C’est un bon Rim’K.
C’est l’heure des présentations, tu me dis si je me rate : Saïf, tu as 21 ans…
Première erreur, super. T’as le bac en poche.
C’est ça, maths, histoire-géo, philo, et LLCE anglais, et franchement c’était facile, j’ai eu le bac Covid, je te mens pas.
Et tu viens du 84. T’ajouterais quoi à cette présentation ?
Que je fais partie de la diaspora marocaine. Dans le 84, il y a beaucoup de Marocains parce que dans ma ville, beaucoup de personnes viennent d’une ville précisément au Maroc qui s’appelle Marnissa Tahar Souk, vers le nord, Tanger, etc. Et nos grands-parents sont venus travailler dans cette ville-là, y’avait des champs, du travail, et ces gens-là, ils ont ramené toute la famille. C’est de là qu’on s’est tous installés ici.
Dernièrement, tout s’enchaîne pour toi, Rentre dans le Cercle, Dans le Club, disque d’or avec ton premier EP, nouveau projet, t’arrives à rester focus ?
Bien sûr ! Plus tu grandis, plus tu te rends compte que tu joues dans une nouvelle catégorie à chaque fois, et tu deviens toujours le plus petit (rires). C’est normal en vrai, quand tu fais un disque d’or, tu vois le gars en face de toi, il a fait diamant, tu te dis “bon ok, il est bien ton disque d’or, mais il reste encore de la route, y’a pas de quoi parler encore”. On n’a rien fait encore.
Mais tu sens quand même que tu coches des cases ? Je pense à ton freestyle dans le Cercle, ça t’a fait quelque chose ?
Bien sûr, on a grandi avec, tu connais, génération 2003. C’est vraiment l’endroit où tu prouves si tu rappes, ou pas. Je pense au freestyle de Ninho, il était cool celui-là. Y’a aussi un gars vers chez nous qui est passé, Chris CarJack.
Tu fais disque d’or pour ton premier projet mais tu dis aussi : “J’guette pas les scores, c’est mes kho qui le font pour moi…”
Ouais c’est vrai, je me détache fort des stats parce que si tu te concentres là-dessus, tu oublies la musique tout simplement. Tu commences à te comparer, à faire un son comme l’autre parce qu’il a plus streamé, alors qu’il faut pas. Donc je regarde pas trop, vas-y j’ouvre Spotify for Artists une fois par mois pour dire, mais sinon c’est du tout droit. C’est plus mon équipe qui peut me tenir au courant.
Que c’est lourd hein, j’crois qu’ils aiment bien la courbe.
Est-ce que tu arrives quand même à voir le disque d’or comme un accomplissement ?
Oui et non. En vrai oui parce qu’un disque d’or chez nous, en vrai, c’est quelque chose, juste le fait de faire de la musique chez nous, ça te voit en bizarre en vrai. Ça ne te prend pas au sérieux. Et non, parce que comme je t’ai dit juste avant, il faut se détacher. En face de toi, il fait platine.
Et pourquoi tu dis qu’on te “voit en chelou” quand tu démarres ?
Parce que chez nous le pera c’est pas pris au sérieux ! Du tout. Les gens qui voulaient se faire prendre au sérieux, ils faisaient des type beats Jul, et ils se localisaient dans le 13, Marseille, ça vendait plus. Il y avait vraiment une rafale de type beats Jul. Nous, on a essayé de placer quelque chose, de dire “84” plus souvent, de dire qu’on vient d’ici, et je pense que les gens ont finalement aimé ça. Maintenant, ça hésite moins à s’identifier comme un rappeur du Vaucluse, parce que c’est bien de parler de l’endroit d’où tu viens, chez toi.
Est-ce que tu te souviens de ton premier souvenir de musique ?
À la maison, la musique n’était pas omniprésente, je me rappelle en écouter en cachette, car la religion repousse ce genre de choses. Mon premier souvenir de rap, c’était à l’époque. Je mettais l’instru d’un son précisément et je le refaisais. Mais ça, c’était vraiment au début, avant que j’écrive mon premier texte. Je devais être en cinquième.
Tu te souviens du morceau duquel tu mettais l’instru ?
Pas exactement, mais ça devait être un morceau de la Sexion d’Assaut.
Justement, ça donne une première piste. Il y a d’autres artistes qui ont marqué ta vie ?
Celui qui m’a marqué, marqué, en vrai, c’est Niro. Je l’ai pris fort dans la tête. Lacrim comme les gens de chez nous, et après Jul. Le back-catalogue, il est puissant, c’est fort.
Bien sûr, le S compte dans mes inspis à fond. J’en ai même pas parlé tellement c’est logique. J’écoute tout, JVLIVS, Deo Favente, je suis dedans, mais A7, ça m’a vraiment marqué, les 13 sons.
Et si on revient à Niro, est-ce qu’il y a un album qui a été fondateur pour toi ?
J’ai connu Niro sur l’album Miraculé avec son classique « VivaStreet ». Mais l’album que j’ai écouté en boucle, c’est Les Autres qui est pour moi un classique du rap francophone. Cet album, c’est trop, et le son pour moi, c’est “Maman t’avait raison”, même le clip m’a marqué.
Les Autres sort en 2016, est-ce que c’est cet album qui te donne l’envie d’écrire ou pas forcément ?
Non, même pas réellement. Je pense que j’avais juste le besoin d’écrire et donc c’est venu naturellement. Je me suis dit que personne ne le faisait, alors pourquoi pas moi.
Tu sentais que tu avais cette flamme en toi ?
Oui un peu, on essayait d’écrire des belles phrases, on écoutait beaucoup Sinik, c’est ça qui nous a aussi fait kiffer sur le texte.
Dans un morceau, tu parles de ton rêve déchu de devenir professionnel. On est sur une histoire de ligaments ?
Écoute, mon sang (rires). Je vais pas te faire une 4-4-2 en mode “j’ai fait les ligaments croisés etc etc.” Je me la donnais pour le foot. Ça s’entraînait fort. Après, j’ai capté un truc, c’est que j’étais nul et qu’il ne faut pas forcer des fois. La vie, c’est pas un Disney (rires). Et du coup, on a avancé dans quelque chose d’autre, le rap, et on en est là.
Elle vient à quel âge cette prise de conscience dans le foot ?
Vers 16, 17 ans tu vois. C’est là que j’ai capté. Et à ce moment-là, j’étais déjà le “rappeur de la bande”. J’avais sorti mon premier morceau à 16 ans.
C’est quoi le souvenir que tu gardes de cette première sortie ?
Premièrement, j’étais cagoulé à l’époque. Pour une seule raison, je voulais pas que mon daron sache que je fasse du rap, la classique. Mais comme le monde est petit, ça lui a montré en lui demandant si c’était son fils, il a reconnu la voix vu que je suis son fils. Et voilà. Ensuite, on a retiré la cagoule, c’était zappé rapidement, le temps d’un clip presque.

Tout à l’heure quand tu es arrivé ici, quelqu’un t’a félicité en pointant notamment du doigt ta maturité pour ton âge, et toi tu avais l’air plutôt sur la réserve vis-à-vis de ça.
Bah, en fait, c’est un peu comme ça chez nous. Chez nous, on vieillit rapidement. Ça se cale avec des anciens, etc. Quand t’es pas trop boîte, chez nous, y’a vraiment pas grand-chose à faire. Y’a tout qui te ramène à l’argent. Cette maturité, je l’ai acquise malgré moi, on va dire.
Et c’est quelque chose que tu avais capté chez toi avant, cette maturité ?
Pas réellement, mais plus on me le dit, peut-être plus je le capte.
Et si on faisait un bond en 2023, c’est là que démarrent pour toi les “Instanonymat”.
C’est ça, “Instanonymat”, c’est le nom que je donnais à chaque son quand je sortais du studio. C’est pour ça, il y a des exclus où c’est écrit 171, 180, 130, donc je l’ai envoyé comme ça sur Instagram avec le p’tit jeu de mots. Et il faut préciser que mes deux premiers clips, c’est Pato qui les a faits ! C’est ça la dinguerie. À partir de “Instanonymat 3”, on est passé sur Hanoa.
Comment ça se fait que c’est lui qui te clippe au départ ?
Il avait une caméra, il était branché en montage, informatique, etc. C’est lui, au début, qui me dit “c’est bon là, il faut que tu clippes”, en fait j’avais trop de sons, et c’est lui qui a pris les devants et qui m’a clippé.
Il y a un moment marquant où tu vois que ça change pour toi ou autour de toi ?
Ouais, j’vais te dire un truc, c’est quand tu peux fumer en studio. C’est ça l’upgrade (rires). Au début, tu peux pas fumer, avec 2Kous (beatmaker proche de Saïf), j’ai toujours pu, mais quand je montais à Paris, ça me disait non, va dehors et tout, et après, on te demande si tu as besoin d’une feuille, d’un cendrier… C’est un peu con hein, mais c’est comme ça que j’ai capté, et aussi les streams bien sûr.
À quel point ta présence dans les 11 rappeurs à suivre a pu être un tremplin pour toi ?
Forcément, c’est un tremplin les 11. Je pense que les gens, ça leur a fait du bien de voir enfin un peu de rap, juste du rap. Même le son, il fait partie de mon top 3 des sons sortis que je préfère, ça veut dire que ça leur a donné un bon son en vrai.
Manager : Tu avais parlé des 11 rappeurs à suivre, avant même qu’ils t’appellent !
Saïf : C’est réel, sur le 193, je dis “on ira prendre d’assaut le 11 de Booska-P”.
Tu dis une phrase : “On a le vent en poupe, écouté même par la bourgeoisie”. Cette phrase, elle veut dire plein de choses.
C’est marrant, voire bizarre, de voir que ma musique a traversé les classes sociales, alors qu’à la base, elle ne leur était pas vraiment destinée. Tu vas au centre de Paname, ça écoute “Malade”, “Médusa”, ça fait plaisir mais ça peut faire bizarre au début.
Comment tu vas construire ce genre de réflexion pour qu’ensuite ça trouve une place dans un texte ?
Je me nourris de mes réflexions, j’ai des choses qui me viennent en tête, et je l’ai écrit, sans prod. Après, je peux remettre ça sur le tempo directement. Et sinon, si on prend tout le dernier EP, Si vous saviez, j’écrivais le texte sur les loops des prods, sans les kicks, juste la mélodie.
Et t’es en mode note ou carnet ?
Ça y est frère ! Non, faut briser le mythe, c’est fini ça, personne ne fait ça (rires).
“Moi j’suis pas un rappeur, juste un narrateur sous pillave”. Ce rôle de narrateur qui te colle à la peau, est-ce qu’il te permet de dire plus de choses et plus facilement ?
Bien sûr, depuis le début j’aime bien me dire que quand tu vois des choses, il ne faut jamais le prendre pour toi. Le rap, pour moi, c’est pointer du doigt et raconter à la 3e personne. Ne jamais dire “je”. Si tu l’as vu, tu dis “il”, si c’est une femme, tu dis “elle”. Si je racontais ma vie, je n’aurais pas grand-chose à dire, j’ai préféré parler de ce que je vois. L’auditeur n’a pas forcément besoin de savoir ma vie en détail. J’ai jamais trop été dans l’égotrip, chez nous on n’est pas trop bling-bling, t’as des millionnaires, ils sont en Quechua, ils s’en foutent. On a été élevés comme ça surtout. Si les gens se prennent ce que je dis, c’est aussi parce qu’ils le vivent peut-être. “Le fou”, “la belle femme”, tout le monde peut le ramener à sa propre vie.
“Un rappeur ça rappe sale con, pourquoi tu me remercies pour ça” “Le rap se meurt, t’as un peu d’écriture on t’appelle poète”. Le fait qu’on cible autant ton écriture et ton respect du rap, est-ce que c’est quelque chose qui peut te déranger ?
Ça ne m’embête pas personnellement parce que c’est une bonne chose, c’est bien d’être poète aujourd’hui, mais ça me gave pour le rap précisément. Tu dis des belles phrases, ça y est t’es Guy de Maupassant, alors que de base le rap, c’est ça en vrai.
T’es de ceux qui disent que c’était mieux avant ?
Non, quand même pas, y’en a qui peuvent le dire, mais moi je suis de la génération où je peux pas dire ça.
Les premières prods que tu testes, tu te diriges déjà vers ce que tu fais aujourd’hui ?
Plutôt oui, les premières prods que je prends, c’est des prods old-school.
Et l’autotune arrive à quel moment ?
L’autotune, c’est arrivé tard, deux ans après que je pose mon premier texte, ça m’a demandé du travail, et petit à petit, c’est rentré.
Y’a des choses qui t’inspirent en dehors de la musique ?
Je suis un gars des documentaires et des animés. Berserk, Vinland Saga, sauf la dernière saison. Après Hunter x Hunter, j’attends la fin, sinon un autre que j’ai bien aimé, c’est Hajime No Ippo, ça tue sa mère. Ça n’a pas inspiré ma musique mais c’est des choses que je regarde.

Revenons au 84, il t’évoque quoi ce chiffre ?
C’est le berceau, là-bas tu as tous les frères. Déjà, nous, c’est le sud sans la mer. Il fait chaud, quand il fait froid, on a le mistral, ça gave. Après, y’a pas grand-chose à faire chez nous, si tu veux vraiment te faire plaisir, faut descendre à Marseille, mais du coup tu quittes le 84, t’es dans le 13. Et bien sûr le collectif 84 City.
Bien sûr, je peux te parler de Pato, très très fort, un peu flemmard au début. T’as vu Freezer dans Dragon Ball Z, quand il s’entraîne deux mois et qu’il fait le Golden Freezer, bah c’est Pato. Moi, j’ai dû bosser bosser, lui il est arrivé sur un son et il a éteint. Premier son, premier clip. Pour te dire à quel point c’est chaud.
Et selon toi, c’est encore partir avec un malus de ne pas venir de la capitale ?
Je pense pas, ça vaut plus rien de venir de Paris et faire de la musique. Quelqu’un peut créer son économie sur internet, et tu le connais pas, il fait 5000 euros par mois sur Distrokid, il vit de sa musique. Quand je te parle de vivre de la musique, c’est même pas vivre la vie d’artiste, parce qu’en vrai, c’est même plus un rêve de rappeur maintenant, ça a mal vieilli ce truc.
“Le passé brise, l’avenir épate, tu sais, c’est comme ça dans l’8-4”. L’avenir épate, dans la musique, ou aussi dans d’autres domaines ?
En musique, mais pas que, y’a des vraies têtes chez nous. Dans le foot aussi, Gessime Yassine qui vient du 84, il fait une coupe du monde, c’est fort, nous on est fiers.
Entre ton premier et ton deuxième EP, on passe du froid polaire au feu, pourquoi ?
On s’est dit qu’on voulait confronter deux choses, deux éléments. Et surtout, au début, il faisait froid, et maintenant qu’on monte, et qu’on arrive là-haut, il commence à faire chaud.
Si vous saviez, à quel moment tu le démarres ?
7 mois après la sortie de L’hiver. Il fallait respirer un peu, être avec la famille et après on est partis battre le fer à nouveau. Tu connais, quand tu fais de la musique, tu te perds beaucoup, t’oublies tout, tu te mets en mode avion. Pour L’hiver, et même avant, c’était pareil. C’est peut-être pour ça que les gens aiment bien voir l’intérieur de ma bulle parce qu’en vrai, ça fait longtemps que je la mature.
Et à l’heure où on parle, il est sorti il y a quelques semaines, tu es content de la réception, même personnellement ?
Ça fait du bien, je sens que les gens se le sont bien pris.
En ce qui concerne ton premier EP, est-ce qu’il se fait de la même manière que le deuxième ?
Pas vraiment parce qu’il y a des sons qui datent comme “Médusa”. Il s’appelait 165, je l’ai mis sur mon Télégram, il a fuité, un mec a réussi à le mettre sur Spotify. Il est rentré dans le top viral Spotify si je ne me trompe pas, et on s’est dit qu’il fallait qu’on le sorte, et il fait partie de mes top streams.
Tu balances encore beaucoup sur Télégram maintenant ?
On a un peu freiné (il vous parle à vous), je sais les frères, mais on va reprendre fort, comme on a dit, on a rec beaucoup de sons pour le projet, qui sont là et qui peuvent finir sur Télégram, ou mieux, on sait pas. (rires)
Tu envoies “Rap d’arabe” en premier extrait de l’EP, c’était logique pour toi ?
En vrai oui, c’est mon coup de cœur du projet, et surtout, on avait la vision au niveau du clip, on savait qu’on pouvait faire quelque chose. Et je pense qu’on a passé un cap dans le visuel.
On a la présence de 2kous sur quasiment tout le disque, comment ça s’est fait entre vous ?
En fait, j’ai rec chez lui pendant plusieurs mois et au bout d’un moment, il m’annonce qu’il fait des prods, il me fait écouter et direct, j’aime trop. Je fais un son, deux sons… Au bout d’un moment, il me place dans les 11 à suivre, et franchement il est bien présent dans L’hiver, et dans le dernier il est encore plus présent. Lui, c’est l’un des seuls qui arrive à toucher la bonne couleur, la bonne mélodie. Par exemple, c’est lui qui me propose le sample de La Lupe “Puro Teatro”. En studio, on peut partir de rien, comme d’une idée de sample. Dans tous les cas, on a ce besoin d’enregistrer. À Paris, ou dans le 84.
C’est important pour toi de pouvoir compter sur un producteur précis ?
Déjà, j’aime pas quand on est beaucoup au studio. 2-3 maximum, c’est bien, comme ça, les idées ne se perdent pas. Et pour le reste, on travaille fort en équipe. Y’a Soraya, Pachenga, Chris CarJack qui a travaillé sur le projet, Pato, même le producteur, tout le monde met la main à la patte, on est en famille, c’est ça qui est bien, et surtout on marche au vote. C’est la démocratie (rires).
Manager : c’est quand même toi qui as le dernier mot. (rires)
Tu aimes avoir une vision 360 sur tout ce qui se fait ?
Oui, parce qu’il faut que ça suive la musique avant tout, c’est le plus important.
Le feat avec Khali, comment il s’est fait d’ailleurs ?
Ça fait longtemps que j’écoute du Khali, depuis IL ME RESSEMBLE PAS NON PLUS, j’ai kiffé cet album. Et au début, je tapais beaucoup de type beat Khali sur Youtube, c’était plus ma couleur, je me ressentais aussi dans sa musique. C’est lui qui m’a contacté, on s’est branchés, il est descendu chez moi dans le 84 avec des frères à lui, on a fait la prod avec 2kous et on a fait une vraie connexion. C’était du tout droit, fluide.
Tu dis “je passerai pas ma vie à rapper”, c’est pas le dernier projet de Saïf quand même ?
Bien sûr que non, on n’a rien fait encore, mais c’est sûr que je passerai pas ma vie à rapper.
En parlant de choses à faire, notre génération semble de moins en moins attachée au format album, est-ce que ça reste une étape importante pour toi ?
Franchement, oui. Le premier album, c’est pas le premier EP, t’es censé passer encore un step, et c’est ça qui est difficile, pour un artiste qui n’est pas un robot. On fait pas de l’IA, nous. Je peux pas me forcer à aller en studio, c’est pas l’usine.
Et alors, l’idée d’un premier album germe dans ta tête ?
Bien sûr, on verra bien, on n’y est pas, mais ça germe comme tu dis. Peut-être que je m’y suis déjà mis, on sait pas. Pour l’instant, on fait de la musique.
Et pour ce qui est de la scène, c’est quelque chose qui t’attire ?
Avant Dans le Club, j’avais jamais fait de scène, c’était ma première, et j’ai kiffé. C’est là que j’ai capté que tu fais du rap pour faire de la scène, pour rencontrer le public. À la fin de mon passage, je me suis dit “ah ouais, ça tue sa mère”. Surtout quand les gens viennent pour toi, ça fait du bien. En plus, j’ai ramené Rim’K, Khali, qui ont répondu à l’invitation, merci à eux.
Donc, la scène, c’est que le début si je comprends bien ?
Dans le Club m’a donné envie de faire de la scène. D’ailleurs, je lance une tournée à la rentrée avec une Cigale.
Quelques jours après l’interview, Saïf a annoncé sa tournée et sold-out son concert à La Cigale en 3 heures. Il est également annoncé sur la scène du Grünt Festival 2026.
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