Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir n°953-954, daté juillet-août 2026.
L’Union européenne s’est donné un objectif de réduction de 50 % des pesticides en 2030, mais la situation bouge peu. Il se vend tous les ans environ 350.000 tonnes de phytosanitaires en Europe, 80.000 tonnes en France.
Pour tenter de trouver des solutions, des chercheurs de l’Institut national de recherche sur l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) ont testé, pendant douze ans, des solutions alternatives sur les fermes expérimentales de l’organisme. Conclusion : se passer de pesticides, c’est faisable, mais cela implique de changer profondément les pratiques culturales. Les exploitations agricoles sont de plus en plus spécialisées dans quelques cultures. Les chercheurs ont, à l’inverse, obtenu des rendements similaires à l’agriculture conventionnelle en allongeant la rotation des cultures sur 7 à 9 ans, en modifiant les périodes de semis, en limitant, ou même en supprimant le labour et en utilisant des variétés résistantes, voire en mélangeant les plantes sur une même parcelle. Dans 45 % des cas, l’agriculteur a dégagé entre deux et trois smics mensuels de revenus (un smic mensuel s’élevant à 1477,93 euros nets), dans 35 % plus de trois smics.
Le biocontrôle : une solution prometteuse, mais contraignante pour les agriculteurs
Les produits de biocontrôle vont également aider à la sortie de la chimie. Cela consiste à rechercher dans l’environnement proche des insectes auxiliaires qui se nourrissent des agresseurs des récoltes, ou à développer les méthodes qui vont favoriser les animaux protecteurs des plantes. Alors qu’on comptait 20.000 études sur le sujet entre 1961 et 2021, on dépasse aujourd’hui les 2000 publications scientifiques par an. Le biocontrôle impose cependant des contraintes structurelles pour les agriculteurs. Pour favoriser la « lutte intégrée », il faut améliorer la biodiversité et donc laisser de la place à la nature. Ce qui implique de planter des haies et de réduire la taille des parcelles. Enfin, un pan de recherche fondamentale explore l' »holobionte » des plantes, c’est-à-dire son environnement proche constitué de micro-organismes, virus, acariens, dont on ne connaît pas le rôle positif pour elles. Le biocontrôle représente aujourd’hui de 12 à 15 % du marché phytosanitaire.
Les plantes tropicales peuvent aussi être cultivées sans pesticides. En étudiant les conduites agronomiques du café, du cacao, de la banane, du riz et des légumes en Amérique latine, Afrique et Asie du Sud-Est, les chercheurs du Centre de recherche agronomique pour le développement (Cirad) ont identifié plus d’une vingtaine d’alternatives pour réduire l’usage des pesticides. Et ce, malgré un climat tropical bien plus difficile que le climat européen. Au total, 27 programmes européens impliquant 2000 chercheurs ont pour but de fournir les clés d’une agriculture sans chimie dès 2040.
Source:
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