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"Ce gouvernement a fait le choix d'abandonner la lutte contre les incendies. On en paye aujourd'hui le prix fort", affirme Manon Aubry, eurodéputée LFI

Invitée des « 4V » sur France 2 vendredi 24 juillet, Manon Aubry est revenue sur les incendies qui touchent la France, mettant en cause le gouvernement sur le manque d’anticipation face au changement climatique. L’eurodéputée LFI a également défendu la position de son parti dans la polémique autour de Barbara Butch et des accusations d’antisémitisme.

Invitée des 4V sur France 2, Manon Aubry, eurodéputée La France insoumise, est revenue sur les incendies qui frappent plusieurs régions françaises et a vivement mis en cause la gestion du gouvernement face au risque climatique. Elle s’est également exprimée sur la polémique autour de l’interruption du concert de Barbara Butch à Grenoble, avant de répondre aux accusations d’antisémitisme visant son parti et de défendre les positions de LFI sur le conflit israélo-palestinien.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.

Jeff Wittenberg : Vous êtes une responsable politique face à ces incendies dramatiques. Qu’est-ce que vous feriez ? Qu’est-ce que ferait Jean-Luc Mélenchon s’il était élu président de la République dans une situation aussi catastrophique ?

Manon Aubry : D’abord, je voudrais avoir ce matin une pensée pour les pompiers qui luttent contre les flammes, à la fois dans la région bordelaise, dans le Var, partout en France, ainsi qu’aux solidarités européennes. Et je regrette qu’on doive en arriver justement à cette solidarité européenne faute de moyens. Emmanuel Macron est celui qui, en 2022, avait promis la commande de 16 Canadair. Il y en a eu zéro. Gabriel Attal, Premier ministre, a annulé la commande de deux Canadair. Donc, face à l’urgence, il faut pouvoir mettre les moyens et investir pour lutter contre le feu.

Nous ne sommes pas le seul pays européen confronté à cette situation. On voit ce qui se passe en Espagne, où c’est encore plus dramatique. Est-ce que c’est simplement une affaire de moyens ? Est-ce que, notamment, l’idée d’une solidarité et de plus de sens civique, puisqu’on sait que beaucoup d’incendies sont déclenchés par le facteur humain, est aussi à l’ordre du jour ?

On agit à deux niveaux. On agit d’abord dans la prévention, et là, ça signifie aussi ne pas couper les moyens de l’Office national des forêts, agir véritablement contre le changement climatique puisque ces feux prospèrent sur une sécheresse qui est aussi historique. Puis l’autre levier, c’est évidemment agir face à l’urgence. Comment se fait-il que la France soit un pays qui a moins de Canadair que nos voisins italiens ou nos voisins grecs ? Tout simplement parce que ce gouvernement a fait le choix d’abandonner la lutte contre les incendies. On en paye aujourd’hui le prix fort. Avec plus de 46.000 hectares qui sont déjà partis en fumée depuis le début de l’année, c’est un record.

Pour vous, il y a une responsabilité du gouvernement, y compris dans les conséquences dramatiques de ces incendies ?

Il y a plus qu’une responsabilité du gouvernement. Vous savez, quand il s’agit de catastrophes naturelles, c’est le cas par exemple pour des ouragans, on donne souvent des noms à ces ouragans. Moi, je pense que l’année que nous sommes en train de vivre, avec à la fois la succession des épisodes caniculaires, on en est déjà au troisième, et les incendies qui en sont une des conséquences, devrait porter un nom : celui de nos gouvernants, et singulièrement celui de Gabriel Attal qui, comme Premier ministre, n’a absolument pas été à la hauteur pour prévenir et préparer notre pays aux changements climatiques comme nous les vivons à l’heure actuelle.

Manon Aubry, une affaire qui n’a rien à voir et qui continue de susciter beaucoup d’émotion cette semaine : c’est l’interruption, il y a quelques jours, du concert de la DJ Barbara Butch à Grenoble par des militants pro-palestiniens et des militants de La France insoumise. Vous avez noté que Barbara Butch portait plainte hier contre votre parti pour, je cite, « provocation à la haine et à la violence ». Plusieurs de vos leaders, et vous allez peut-être nous le redire ce matin, ont estimé qu’ils condamnaient la violence, mais qu’ils comprenaient qu’on puisse protester contre une artiste quand elle a des positions qui vous déplaisent. Ça veut dire quoi ? Est-ce qu’on peut interrompre les concerts si c’est pacifique, en quelque sorte ?

Écoutez, d’abord, je pense que la liberté de création dans notre pays est importante, mais qu’elle s’étend aussi à la liberté de pouvoir critiquer les artistes. C’est le cas, légitimement. On peut critiquer Barbara Butch pour avoir signé une tribune en soutien à la loi Yadan qui criminalise les voix pro-palestiniennes, pour avoir participé à un concert à l’ambassade de France en Israël. Donc, on a le droit de critiquer, on a le droit d’organiser des manifestations pacifiques, mais je pense que la limite est précisément dans la dimension pacifique de ces organisations et de ces événements. Moi, je ne suis pas d’accord s’il y a de la violence. Je ne suis pas d’accord pour les insultes, le cyberharcèlement. On a été les premiers à défendre Barbara Butch quand elle a été cyberharcelée par l’extrême droite. Donc c’est là où je place la limite.

Est-ce qu’elle a le droit de faire des concerts ?

Bien sûr qu’elle a le droit de faire des concerts, mais on a le droit aussi de critiquer ses prises de position.

Et de manifester pendant les concerts si c’est « pacifique », je reprends l’expression entre guillemets ?

On a le droit de le faire « pacifiquement », avec une banderole. Mais je pense qu’on ne doit pas, évidemment, procéder à quelque forme de violence que ce soit, que ce soit par des insultes ou par des jets de je ne sais quoi. C’est là où je place la limite. Et écoutez, l’enquête judiciaire déterminera si cette limite a été franchie ou non. Si elle l’a été, je le condamne.

Vous réfutez toute accusation d’antisémitisme. Pourquoi ciblez-vous, dans votre parti, régulièrement des personnalités d’origine juive dont vous supposez qu’elles soutiennent le gouvernement de Benyamin Netanyahou ? Je pense par exemple à la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, que vous avez accusée à plusieurs reprises alors qu’elle s’en défend. Pourquoi, par exemple, votre parti ne critique jamais, au hasard, Xenia Fedorova, la journaliste qui intervient dans les médias et qui est un soutien ouvert à Vladimir Poutine ? On ne vous entend pas sur elle, par exemple.

Écoutez, s’agissant du conflit israélo-palestinien, je vous rassure, nous sommes critiques de toute voix qui est aujourd’hui en soutien au gouvernement de Benyamin Netanyahou, quelle que soit sa religion. C’est quand même fou si, dans notre pays, on ne peut plus critiquer des personnes qui soutiennent un génocide. Je veux dire, pas plus tard que la semaine dernière, il y a 57 Palestiniens qui ont été tués par le gouvernement de Benyamin Netanyahou. Et c’est cela qui devrait tous nous révolter. Je suis désolée de le dire. Vous parlez de Yaël Braun-Pivet. Oui, elle a été un soutien inconditionnel, et c’est d’ailleurs le terme qu’elle a utilisé, à Benyamin Netanyahou. Je trouve qu’il y a quand même un deux poids, deux mesures assez sidérant dans le traitement de cette affaire, y compris quand des artistes pro-palestiniens qui défendent les Palestiniens, je pense à Médine, voient leurs concerts censurés. Cela ne fait jamais la une des médias. Il n’y a aucune question qui est posée sur votre plateau de télévision. Aujourd’hui, ce qui devrait tous nous indigner, c’est la rapidité avec laquelle le gouvernement israélien est en train de procéder à un massacre de masse en Palestine. C’est le cœur du sujet.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.


Source:

www.franceinfo.fr

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