Mort en 2024, l’artiste suisse Daniel Spoerri méritait bien la joyeuse rétrospective que lui consacre la galerie Vallois. Aussi facétieux qu’insaisissable, le signataire du manifeste des nouveaux réalistes fut tour à tour premier danseur de l’Opéra de Berne, metteur en scène de théâtre, poète concret, chineur aux puces et restaurateur. Une quinzaine d’œuvres datées des années 1960 à 1990 réunies par la galerie suffisent à balayer le spectre de son travail, des « pièges à mots » proverbiaux, dont le savoureux Tondre un œuf, signé avec Robert Filliou, son complice de Fluxus, aux « détrompe-l’œil » en passant par les assemblages d’objets glanés aux puces. Clou de l’accrochage, trois « tableaux-pièges », dont un exemplaire historique daté de 1963.

A la fin des repas, cet homme amoureux autant des mets que des mots fixait les vestiges du festin en les collant au support : couverts abandonnés, emballages froissés, assiettes maculées, restes de nourriture. Des « natures mortes » qu’il redressait alors façon relief au mur. « Tenter de renverser la table contribue à faire basculer le monde », relève l’historienne de l’art Catherine Francblin dans le beau catalogue publié par la galerie. « Ne prenez pas mes tableaux-pièges pour des œuvres d’art, insistait néanmoins Spoerri. C’est une information, une provocation, une indication pour l’œil de regarder des choses qu’il n’a pas l’habitude de remarquer. Rien d’autre… Et, d’ailleurs, l’art, qu’est-ce que c’est ? »
Il vous reste 9.58% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Source:
www.lemonde.fr





