Dans un document de 75 pages, l’organisation No Labels imagine un scénario dans lequel les investisseurs perdraient confiance dans la solvabilité des États-Unis alors que la dette du pays atteint déjà 39.000 milliards de dollars.
100 ans plus tard, les États-Unis sont-ils sur le point de connaître une tempête financière aussi grave que la Grande Dépression de 1929? Alors que la première économie mondiale vient de franchir le seuil des 39.000 milliards de dollars de dette -cinq mois seulement après avoir atteint le palier des 38.000- et que son déficit est proche de 6% du PIB, cette hypothèse ne peut plus être totalement écartée selon le collectif américain classé au centre No Labels.
Et sans une reprise en main rapide, les conséquences seraient dramatiques, avertit l’organisation qui entend lutter contre l’extrême polarisation politique outre-Atlantique. Dans un document de 75 pages baptisé « Cauchemar sur Main Street », elle imagine ainsi le scénario (fictif mais pas improbable selon elle) d’une Amérique aux abois, proche de l’effondrement économique, faute d’avoir réussi à tenir ses comptes ces dernières années.
Des investisseurs qui se détournent des bons du Trésor
No Labels situe le début des turbulences en septembre 2028, à deux mois de l’élection présidentielle qui doit désigner le successeur de Donald Trump. L’économie américaine se porte alors plutôt bien « grâce au boom des investissements dans l’IA » qui masquent la réalité des finances publiques du pays et l’État fédéral a jusqu’à présent toujours réussi à se financer sans trop de difficulté sur les marchés.
Mais un premier incident va venir gripper la machine: alors que toujours rien n’a été fait pour assainir les comptes, les adjudications de bons du Trésor sont de plus en plus décevantes et certaines se soldent même par des échecs. Signe que les investisseurs finissent par perdre patience et que la confiance dans la solvabilité des États-Unis commence à s’éroder.
Face à cette perte d’intérêt pour les titres de dette américaine, le Trésor se voit contraint d’offrir des rendements plus élevés. De moins de 5%, ils passent à 6, puis 7 puis 8% à 10 ans. Ceux qui détiennent déjà des bons du Trésor prennent peur: « Qui voudrait acheter nos obligations à 10 ans offrant 5% de rendement alors qu’il est possible d’en acheter de nouvelles à 8%? Personne à moins de les brader fortement. C’est ce que nous avons dû faire », témoigne un PDG fictif d’une banque américaine.
Inaction politique
La panique gagne peu à peu les marchés financiers puis se proprage quelques mois plus tard à l’économie réelle, alors que la Fed tente tant bien que mal de limiter les dégâts, en vain. En 2029, la crise atteint son paroxysme et la contagion est totale: des les banques sont touchées, des entreprises font faillite, des millions de personnes perdent leur emploi, l’inflation grimpe en flèche et le pouvoir d’achat s’effondre, les fermetures de magasins se multiplient dans les centre-villes, tout comme les files d’attente devant les banques alimentaires… « Chacun connaît alors quelqu’un qui a tout perdu, et ceux qui s’accrochent encore vivent dans la crainte d’être les prochains (…) Personne n’arrive à croire que la situation soit devenue aussi grave », imagine le collectif No Labels.
Dans son scénario, l’organisation suppose également l’absence de réponse politique forte pour faire face aux premières turbulences: « Peut-être aurait-on pu contenir l’incendie si le Congrès et le président avaient eu le courage de dire la vérité aux Américains sur les raisons de cette crise de la dette et sur les mesures nécessaires pour s’en sortir. Mais le courage n’était pas an rendez-vous à deux mois de l’élection présidentielle de 2028 », poursuit-elle.
Pour restaurer la confiance des marchés, les Républicains ont réclamé des coupes budgétaires, tandis que les Démocrates plaidaient pour des hausses d’impôts massives sur les plus riches mais tous, lancés dans la course à la Maison Blanche, ont refusé le compromis. « Des semaines d’inaction au Congrès se sont transformées en mois, jusqu’à ce que le monde réalise enfin que les responsables avaient vraiment abandonné », renforçant les craintes des investisseurs, décrit encore No Labels, s’attendant finalement à voir le Congrès adopter tardivement « quelques mesures partielles » face à l’ampleur de la catastrophe mais rien de suffisant « pour rétablir la confiance dans viabilité budgétaire des États-Unis ».
D’autant que comparée à la crise financière de 2008, la situation serait bien différente. À l’époque, « le problème résidait dans les bilans d’institutions privées comme les banques, et l’État jouait le rôle de pompier. Or, face à une crise de la dette, le problème se situe au niveau du bilan de l’État. C’est donc l’État lui-même qui doit gérer la situation ».
1.000 milliards de dollars d’intérêts en 2026
Ce scénario apocalyptique fait davantage office d’avertissement que de prédiction. Mais « on a le sentiment que toutes ces menaces se profilent à l’horizon » et que « notre système politique ne semble absolument pas préparé à y faire face », prévient auprès de Fortune Ryan Clancy, stratège en chef de No Labels. « Aucun des deux partis (républicain et démocrate) n’a de crédibilité actuellement concernant la dette ou le déficit. Cela fait 25 ans que nous subissons une frénésie d’augmentation des dépenses et de réduction des impôts, et les deux partis l’ont approuvée », ajoute-t-il.
Fortune rappelle par ailleurs que les alertes sur la situation budgétaire des États-Unis se multiplient ces derniers temps. Mi-avril, l’ancien secrétaire au Trésor, Hank Paulson, a jugé « dangereuse » la spirale de la dette dans laquelle sont enrolés les États-Unis et estimé que le statut de valeur refuge des bons du Trésor n’était plus garanti. Avant de préconiser au Congrès de se doter d’un plan d’urgence « prêt à être mis en œuvre dès que nous serons dos au mur ».
« Quand on voit la baisse de la part des bons du Trésor américain détenus par les pays étrangers, la baisse de la part des réserves en dollars américains détenues par les pays étrangers, la flambée des prix des métaux précieux… Il y a tout simplement beaucoup de signes qui indiquent que nous atteignons un point qui ne nous permet plus de continuer comme avant », a encore affirmé Ryan Clancy, déplorant toutefois que les États-Unis ne résoudront « pas ce problème de dette tant qu’ils n’y seront pas contraints ».
Selon le Bureau du budget du Congrès américain (CBO), le paiement des intérêts américains devraient dépasser les 1.000 milliards de dollars sur l’exercice fiscal 2026, soit trois fois plus qu’en 2020. À 1.900 milliards cette année, le déficit fédéral devrait lui s’élever à 3.100 milliards d’ici dix ans.
De quoi alourdir davantage la dette publique déjà record des États-Unis: « Dépasser les 39.000 milliards de dollars de dette est un cap embarrassant que les deux partis ont contribué à accumuler pendant des décennies, et aucun ne semble particulièrement soucieux de s’y attaquer avant d’atteindre les 40 000 milliards », a lâché Maya MacGuineas, présidente du CBO.
Avant le sujet de la dette, c’est l’intelligence artificielle qui a récement fait l’objet d’une note fictive prédisant une « crise mondiale de l’intelligence » où l’IA détruirait massivement les emplois qualifiés aux États-Unis, comprimerait la demande et provoquerait un choc systémique malgré une forte productivité. Élaborée par Citrini Research, cette publication présentait elle aussi un scénario totalement fictif se déroulant en 2028 mais avait malgré tout suffi à faire trembler Wall Street.
Source:
www.bfmtv.com





