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L’ivo-bouyon de Fior2Bior, nouveau pont entre l’Afrique et les Caraïbes

Qu’ont en commun la Franco-Congolaise Theodora, le Nigérian Rema et l’Ivoirien Fior2Bior ? D’avoir emprunté à un genre survolté des Antilles, le bouyon, devenu ces dernières années un phénomène mondial dépassant largement les frontières de la petite île des Caraïbes dont il est originaire, la Dominique. Le premier artiste africain à l’avoir importé sur le continent est Fior2Bior, avec le hit « Godo Godo » en décembre 2021 (17 millions de vues sur YouTube), devenu instantanément un classique de ce nouvel « ivo-bouyon ».  

Chanteur touche-à-tout, entre l’afrobeats, le coupé décalé et le kuduro, déjà connu pour son tube de 2021 « Gnonmi avec Lait » en featuring avec le rappeur français Niska, Fior2Bior s’est basé pour ce morceau sur une production du beatmaker martiniquais Little Boy, découverte par hasard. « Moi, je ne connaissais même pas le bouyon, reconnaît Fior2Bior. C’est un ami qui m’a envoyé la prod de Little Boy parce qu’elle ressemblait à mon style, j’ai posé dessus et c’est parti. C’est après que j’ai vu que les Holly G avaient aussi fait un morceau sur cette même prod. » Ce trio guadeloupéen a en effet sorti un autre single au même moment, « Bandit (Oui Oui Oui) », qui récolte 11 millions de vues sur YouTube.    

La coïncidence ne manque pas de nourrir les accusations de plagiat, dont s’amuse Fior2Bior qui indique entretenir de bonnes relations avec les Holly G et être un grand amateur de leur musique. Mais le succès de « Godo Godo » lui vaut d’être rattrapé au collet par Little Boy, que l’Ivoirien a omis de créditer. Pas rancunier, le beatmaker accepte une fois la situation régularisée de réitérer la collaboration avec Fior2Bior, définitivement séduit par ce genre encore marginal en Afrique.  

« J’aime cette énergie, s’enflamme Fior2Bior. C’est rapide, c’est chaud, c’est dansant, et on sent une culture caribéenne de la fête qui ressemble à la nôtre. » Le bouyon, né dans les années 1980 à la Dominique, est en effet un genre extrêmement énergique, caractérisé par des tempos élevés, généralement entre 150 et 160 battements par minute (BPM).   

Les mêmes que le biama, petit frère survolté du coupé-décalé apparu ces dernières années dans la bouillonnante commune de Yopougon, avec qui le bouyon partage des basses lourdes, des percussions agressives et refrains répétitifs, avec des paroles légères ou absurdes surtout constituées d’onomatopées. Dans « Bandit », les Holly G chantent leur amour d’une marque de cognac tandis que dans « Godo Godo », Fior2Bior vante la beauté d’une femme aux gros mollets.   

Ce qui aurait pu rester une expérimentation isolée marque le début d’une collaboration durable entre Fior2Bior et le beatmaker martiniquais. Les deux artistes enchaînent avec « On se met bien » en featuring avec Didi B), « Tchin Tchin Rin Nou » avec Chily et « Wilikidjondjon » avec Widgunz. Des titres qui consolident son positionnement, sans égaler l’explosion initiale. Jusqu’à 2023, où Fior2Bior répète l’exploit avec « O’Cho », produit par le Guadeloupéen Tchxvzy, qui dépasse les 12 millions de vues sur YouTube.  

Fior2Bior adapte ensuite cette esthétique avec des producteurs locaux, notamment sur « Déguê » avec Jojo le Barbu et « Allons là-bas » avec Meiway. « C’est Fior2Bior qui m’a contacté, explique le doyen aux 37 ans de carrière, figure de proue du zoblazo. C’est lui qui m’a fait découvrir le bouyon, et j’ai aimé ce qu’il avait à proposer. Ça me permet de tester mes capacités à évoluer dans différents registres. Je peux faire du reggae, de la salsa, du makossa… Ce sont des musiques avec lesquelles je me suis formé et j’ai grandi. »  

Influences caribéennes 

Car les influences caribéennes en Côte d’Ivoire ne datent pas d’hier. Dès les années 1980, le reggae s’y est imposé comme une référence majeure. Porté par Bob Marley, qui entretenait des connexions étroites avec le continent africain, le genre inspire profondément Alpha Blondy, pionnier d’un reggae ivoirien qui s’exporte à l’international. Son héritage irrigue toute une scène, allant de Tiken Jah Fakoly à Ismaël Isaac ou à Kajeem, et le reggae conserve encore aujourd’hui un public solide en Côte d’Ivoire, avec des lieux emblématiques comme le Parker Place à Marcory ou l’AZK Live à Cocody.   

L’autre influence structurante, à la même époque, est le zouk, venu des Antilles françaises. Popularisé par le groupe Kassav’, il connaît un immense succès en Afrique de l’Ouest dès les années 1980, et influence profondément les artistes ivoiriens, comme Meiway ou le groupe Woya de David Tayorault. Au point de faire naître un genre métis à part entière, l’afro-zouk, porté notamment par Monique Seka, Pierrette Adams, Betika ou Mattey, dont le titre « Ameyatchi » a récemment connu un regain de popularité inattendu sur TikTok.   

Jeune génération

Plus récemment, les réseaux sociaux ont accéléré l’appropriation du dancehall jamaïcain par la jeune génération ivoirienne. Joochar, membre du groupe hip-hop Kiff No Beat, fait figure de pionnier, ouvrant la voie à une scène ivo-dancehall en expansion. « Derrière Joochar, toute une flopée d’artistes reprend les codes de la dancehall et l’esthétique caribéenne en général », indique Vico Downie, artiste dancehall vivant en Côte d’Ivoire et fils de Tyrone Downie, claviériste légendaire des Wailers, qui a collaboré avec Bob Marley et Alpha Blondy.   

Une appropriation visible chez Rileey Bob, S’kanaBoy ou Queen Myriana, dont les esthétiques visuelles et sonores s’inscrivent pleinement dans l’héritage jamaïcain : grosses dreadlocks et voix grave et cassée pour les hommes, tenues légères et danses sexy pour les femmes, et reprise des gimmicks jamaïcains : « Badman », « Selecta », « pull up ».    

« Sur le reggae et la dancehall, reprend Vico Downie, on a affaire à des artistes ivoiriens qui sont vraiment inspirés par la musique jamaïcaine, qui s’y connaissent vraiment, qui ont les codes et qui arrivent à les reproduire. » Fior2Bior lui-même poursuit ses explorations caribéennes en s’essayant à la shatta avec « Taper », en collaboration avec le Martiniquais T. Dedonia fin 2025.   

Le phénomène dépasse désormais le seul espace francophone. Longtemps cantonné à la Dominique et aux Antilles, le bouyon s’impose depuis cinq ans sur les scènes internationales, s’invite dans les carnavals majeurs, de Notting Hill à la Fête de la Musique à Paris, et cumule des millions de vues sur les plateformes numériques. Au point que certains artistes anglophones, comme Rema dans « Kelebu », se sont mis à intégrer ces sonorités, ouvrant la porte à un « afro-bouyon » dont la Côte d’Ivoire aura été le précurseur. 


Source:

www.rfi.fr

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