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La conférence de Santa Marta donne un élan politique historique en faveur de transitions justes qui doit se traduire par des mesures axées sur les droits

La première conférence sur la transition vers l’abandon des combustibles fossiles a adressé un signal politique fort indiquant que l’ère des énergies fossiles doit prendre fin. Cette « coalition des acteurs » doit désormais traduire son engagement en une coopération internationale proactive afin d’ouvrir la voie à des transitions justes fondées sur les droits, a déclaré Amnesty International le 30 avril 2026, au lendemain de la conférence de Santa Marta qui s’est terminée le 29 avril.

Organisée conjointement par les gouvernements de Colombie et des Pays-Bas, la conférence a réuni des représentant·e·s de 57 pays producteurs et consommateurs d’énergies fossiles, ainsi que des parlementaires, des universitaires, des syndicats, des organisations de la société civile et des représentant·e·s des peuples autochtones, des communautés d’ascendance africaine, des mouvements d’enfants et de jeunes, et des communautés paysannes, entre autres.

Du 24 au 29 avril, cette rencontre s’est déroulée dans un contexte de crise énergétique mondiale exacerbée par les conflits armés et la frustration croissante face aux négociations climatiques de l’ONU qui, depuis trois décennies, n’ont pas réussi à s’attaquer réellement à la production d’énergies fossiles, malgré l’urgence de la crise climatique.

« Née d’une idée qui a germé parmi un groupe croissant de pays engagés dans l’Initiative pour un traité sur les combustibles fossiles, cette conférence a vu le jour parce que les processus multilatéraux existants peinent à apporter des résultats. Depuis 30 ans, les Conférences des Parties (COP) n’ont pas su s’attaquer de front aux causes profondes de la crise climatique, a déclaré Candy Ofime, chercheuse et conseillère juridique sur la Justice climatique à Amnesty International. La Conférence de Santa Marta a montré qu’il existe une volonté politique au niveau des États de sortir l’économie mondiale des énergies fossiles et de s’engager dans des transitions justes ; cette dynamique doit désormais se traduire par des actions concrètes fondées sur les droits humains. »

La Conférence de Santa Marta a montré qu’il existe une volonté politique au niveau des États de sortir l’économie mondiale des énergies fossiles et de s’engager dans des transitions justes ; cette dynamique doit désormais se traduire par des actions concrètes fondées sur les droits humains

Candy Ofime, chercheuse et conseillère juridique sur la Justice climatique à Amnesty International

Un moment de crise et de possibilités

Cette conférence avait pour objectif de constituer une large « coalition de volontaires » issus de différents secteurs afin d’accélérer le partage de connaissances et la dynamique politique en faveur d’une transition juste, à un moment où, comme l’a reconnu dans son discours d’ouverture la ministre colombienne de l’Environnement et du Développement durable, Irene Vélez Torres, le monde est plongé dans une crise profonde du multilatéralisme. Les débats s’articulaient autour de trois axes thématiques : sortir de la dépendance aux énergies fossiles, transformer l’offre et la demande, et renforcer la coopération internationale et la diplomatie climatique.

Le 25 avril, les organisateurs ont annoncé la création d’un nouveau panel d’experts scientifiques internationaux chargé de conseiller les responsables de l’élaboration des politiques sur la transition énergétique mondiale. Ce groupe a été présenté comme étant complémentaire au GIEC, mais certains participant·e·s ont exprimé leurs inquiétudes quant au manque de clarté concernant sa composition, son mandat et les résultats attendus, ainsi qu’à l’absence manifeste d’épistémologies diverses, notamment en ce qui concerne la prise en compte équitable des systèmes de savoirs autochtones et traditionnels.

Lors de la séance plénière de clôture, la ministre néerlandaise de la Politique climatique et de la Croissance verte, Stientje van Veldhoven, a souligné que la Conférence de Santa Marta se voulait « un accélérateur des travaux » menés dans d’autres instances multilatérales, notamment dans le cadre des procédures de la CCNUCC telles que la Coalition pour la suppression progressive des incitations en faveur des combustibles fossiles, y compris les subventions, lancée lors de la COP28, et a rappelé qu’il importe d’inviter d’autres États à y adhérer.

Les revendications des populations ne doivent pas être reléguées au second plan

Les populations les plus touchées par l’extraction des combustibles fossiles et les effets du changement climatique ont profité de cette conférence pour lancer un avertissement clair. Par le biais d’une Déclaration des peuples présentée lors de la rencontre, les peuples autochtones, les populations en première ligne et les mouvements sociaux ont appelé à une transition immédiate et équitable hors des énergies fossiles, fondée sur l’autodétermination, la réparation des préjudices subis et le respect des droits collectifs.

Les ONG ont défini trois priorités fondamentales : réformer l’architecture internationale en matière d’investissement, de commerce et de finance afin d’accroître la marge de manœuvre budgétaire des États – en particulier des pays du Sud – nécessaire pour sortir progressivement du secteur des énergies fossiles par le biais d’une réforme de la dette, d’un système fiscal équitable et du rejet des mécanismes de règlement des différends entre investisseurs et États ; adopter un traité sur les combustibles fossiles et élaborer des plans nationaux de transition juste axés sur les droits humains et la protection sociale.

« Ces revendications reflètent ce qui fait défaut depuis trop longtemps dans la politique climatique mondiale : la justice, l’équité et la responsabilisation, a déclaré Candy Ofime. On ne peut pas parler de transition juste tant que les peuples autochtones, les populations en première ligne et les groupes marginalisés sont sacrifiés sur l’autel de la pollution, de la dette et de la spoliation. »

De l’importance de la procédure

Amnesty International a salué la méthodologie novatrice et plus inclusive de la conférence, ainsi que la procédure de vérification mise en place par les organisateurs afin d’exclure les acteurs liés à l’industrie des combustibles fossiles. Toutefois, des préoccupations ont été exprimées quant au déroulement, notamment les problèmes de visas pour les participant·e·s inscrits originaires des pays du Sud global.

« La conférence a adopté une approche plus participative et plus complète que la plupart des sommets multilatéraux, en faisant une vraie place aux contributions des peuples autochtones, des personnes d’ascendance africaine, des enfants et des jeunes, des syndicats et des ONG, a déclaré Candy Ofime. Pour gagner en crédibilité, il faut continuer de garantir la participation effective et significative des groupes qui étaient sous-représentés à Santa Marta et s’efforcer de démanteler les déséquilibres de pouvoir que la conférence assure remettre en cause. »

il faut continuer de garantir la participation effective et significative des groupes qui étaient sous-représentés à Santa Marta et s’efforcer de démanteler les déséquilibres de pouvoir que la conférence assure remettre en cause

Candy Ofime

Quelles sont les prochaines étapes ?

La première conférence sur la transition vers l’abandon des combustibles fossiles n’a pas abouti à un accord politique négocié. Les organisateurs ont avisé de la publication d’un rapport de synthèse dans les mois à venir, probablement avant la COP31, et de la poursuite du processus lors d’une deuxième conférence. Les États insulaires d’Irlande et de Tuvalu ont officiellement annoncé qu’ils la co-organiseraient à Tuvalu en 2027, mettant ainsi en avant l’importance de la collaboration Nord-Sud.

Alors que les gouvernements s’apprêtent à franchir ces étapes, Amnesty International les invite à ne pas se contenter d’un simple dialogue, mais à ouvrir la voie vers l’adoption d’un Traité sur les combustibles fossiles.

« La Cour internationale de Justice a clairement établi que les États doivent éliminer progressivement les combustibles fossiles afin de préserver l’objectif de 1,5 °C, a déclaré Candy Ofime. Il ne suffit pas de prendre conscience du problème. Les gouvernements sont légalement tenus d’agir dès à présent et doivent choisir le courage et non la procrastination, la justice et non le profit, les populations et non les combustibles fossiles. »


Source:

www.amnesty.org

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