« Je me souviens de ma colère et de mon indignation. » Eva Joly garde un souvenir intact de ce 5 mai 1996, le jour où des flammes gigantesques ont ravagé le siège légendaire du Crédit lyonnais, au 19, boulevard des Italiens, au cœur du 9e arrondissement parisien. Juge d’instruction au pôle financier du Palais de justice de Paris, elle mène à l’époque des investigations sur la banque publique : de l’affaire dite « Tapie-Adidas » à des opérations immobilières douteuses, en passant par des soupçons de détournements de fonds dans des filiales, l’établissement est au cœur de plusieurs dossiers. « Dans les mois qui ont suivi, nous étions très inquiets des éventuelles destructions de preuves liées à nos enquêtes », se remémore l’ancienne juge au téléphone, le 23 mars.
L’incendie est l’un des plus retentissants de l’histoire de la capitale dans l’après-guerre, plus étendu, par sa superficie, que celui survenu à la cathédrale Notre-Dame en 2019. Trente ans plus tard, le sinistre recèle encore quelques mystères : comment expliquer que plus des deux tiers de la surface du plus grand bâtiment civil de Paris aient été détruits ? Son origine était-elle purement accidentelle, comme l’ont conclu les premiers experts qui se sont penchés sur la catastrophe ? Les fantasmes ont continué à circuler. Quoi qu’il en soit, il reste le symbole des années noires du Crédit lyonnais, puisque, au sens propre comme au figuré, l’établissement s’est embrasé.
Pascal Lamy, 79 ans aujourd’hui, qui deviendra commissaire européen trois ans après l’incendie, fut, ce dimanche matin de mai 1996, l’un des premiers sur place. Depuis Pigalle, le quartier où il vit, il remarque au loin une fumée noire, sans d’abord y prêter attention. Mais le marathonien, en route pour le bois de Boulogne, comprend ce qu’il se passe à l’écoute de son autoradio : le Crédit lyonnais brûle. Il en est le directeur général depuis 1994, et personne n’avait pensé à l’avertir, relate-t-il trois décennies plus tard. Il fait aussitôt demi-tour et débarque « en survêt » devant le siège, où les sapeurs-pompiers, déjà, s’affairent. « Il y avait une malédiction », souffle-t-il, en référence aux mésaventures financières du Lyonnais au même moment.
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Source:
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