Invité de Good Morning Business ce lundi 27 avril, le PDG de Boiron, Pascal Houdayer, arrivé à la tête du laboratoire lyonnais en septembre 2024, a présenté la stratégie de l’entreprise qui a souffert du déremboursement de l’homéopathie en France.
Boiron retrouve des couleurs. Bien amoché par le déremboursement total de l’homéopathie depuis 2021 en France, le laboratoire lyonnais a renoué avec la croissance en 2025, franchissant la barre symbolique des 500 millions d’euros, en hausse de 4,1% à taux de change constant.
Invité de Good Morning Business ce lundi 27 avril, le PDG de Boiron, Pascal Houdayer a expliqué qu’il a fallu « mettre en place de nouvelles stratégies, pour stabiliser la France dans un premier temps, puis pour croître à l’international ».
Pour rappel, à la suite d’un avis de la Haute autorité de santé (HAS), sollicité par le gouverenement et publié en 2019 sur l’efficacité controversée de l’homéopathie, ces granules ont fait l’objet d’une baisse progressive de leur prise en charge par l’Assurance maladie, passant de 30 à 15% en 2020 puis un déremboursement total l’année suivante.
La décroissance s’est stabilisée en France
Une décision qui a sans surprise eu un impact sur les ventes de Boiron: en 2021, son chiffre d’affaires réalisé en France s’élevait à 238,5 millions d’euros, en baisse de 14,2% à taux constants.
« En France, les patients achètent les médicaments remboursés et quand on a eu un déremboursement progressif, évidemment on a perdu du chiffre d’affaires, donc il fallait stabiliser », commente Pascal Houdayer.
Ainsi, d’après les résultats 2025 du groupe, le chiffre d’affaires réalisé en France s’est établi à 207,4 millions d’euros, un montant stable par rapport à 2024, qui marque un arrêt à la dérive baissière.
Signe qu’un socle de patients continue malgré tout à se soigner à l’aide de l’homéopathie, en payant eux-mêmes leurs granules? « Ils achètent et en rachètent. Donc en effet, comme ce n’est pas remboursé, cela veut dire qu’ils les trouvent efficaces », se réjouit le patron de Boiron.
Cap sur l’international
Si Boiron limite la casse en France, le laboratoire lyonnais a surtout mis les bouchées doubles à l’international, notamment outre-Atlantique.
« Aux États-Unis, on a une approche hybride avec un tiers de notre business dans les pharmacies (…), un tiers qui est fait dans les magasins du style Walmart, et un tiers qui est fait en e-commerce, puisqu’on a la possibilité réglementaire aux États-Unis de parler directement aux patients, ce qu’on n’a pas le droit de faire en Europe », détaille Pascal Houdayer.
Le chiffre d’affaires réalisé en Amérique du Nord s’est établi à 138 millions d’euros en 2025, dont 126 millions aux États-Unis où les ventes de spécialités hivernales ont été particulièrement dynamiques. Il a ainsi augmenté de 14,4% à taux de change constant, par rapport à 2024.
« On a eu de très bons résultats en 2025 parce que la pathologie grippale mondiale était très importante », souligne le patron de Boiron.
En effet, le recours à l’homéopathie, qui représente 93% du chiffre d’affaires total du groupe lyonnais, est très dépendant de la saisonnalité, notamment à l’hiver, période pendant laquelle la circulation des virus gripaux et respiratoires est plus intense. Si les virus gripaux circulent moins, comme cela a été le cas pendant la crise sanitaire liée au Covid-19, alors les ventes de Boiron sont logiquement suceptibles de chuter.
Les compléments alimentaires dans le viseur
Un des principaux enjeux de Boiron est donc de s’affranchir de la saisonnalité des produits phares de ce laboratoire pharmaceutique. C’est pourquoi le groupe lorgne sérieusement sur les compléments alimentaires.
« Le marché du complément alimentaire, c’est 200 milliards d’euros au niveau mondial, et il croît à deux chiffres, on le voit doubler dans les cinq à dix ans qui viennent », souligne Pascal Houdayer.
« Beaucoup de patients passent dans l’automédication avec les compléments alimentaires. Donc nous sommes en train de regarder des cibles, aux États-Unis, des sociétés qui font les complémentaires. Et si on arrive, ce que j’espère, à faire l’acquisition, dans les 12 à 18 mois qui viennent, d’une grosse société de compléments alimentaires, ça nous permettra de servir les patients de manière plus large », assure le patron de Boiron.
Une nouvelle filiale 100% dédiée au e-commerce lancée en Chine en 2025
Si le marché américain est plein d’espoirs pour Boiron, le groupe voit encore un peu plus grand. Il mise en effet sur l’Asie, avec une nouvelle filiale lancée fin 2025 dans la ville de la tech Hangzhou.
« Nous avons recruté 70 personnes et nous nous sommes lancés uniquement dans le e-commerce, donc il n’y a aucun magasin physique », détaille Pascal Houdayer qui parie sur la plateforme Timo d’Alibaba et Douyin, le « tik tok chinois ».
« Nous ne faisons pas du B to C mais du C to C, c’est-à-dire qu’on a des consommateurs, en face d’une caméra, qui partagent leur expérience, et qui vendent nos produits ».
« Au bout d’un an, nous avons un chiffre d’affaires qui équivalent au Canada que nous avons lancé en 1987 », se réjouit le patron de Boiron. Il a même presque doublé, atteignant 12.3 millions d’euros en Chine en 2025 contre 6,7 millions l’année précédente.
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