La Banque de France a révisé sa prévision de croissance pour 2026, tablant désormais dans son scénario de base sur 0,9%, contre 1% en décembre. Le PIB tricolore pourrait en revanche progresser beaucoup plus modestement si le conflit au Moyen-Orient se prolongeait.
Pas de récession mais une croissance forcément moins dynamique. Après l’Insee mardi, la Banque de France a remis à jour ses prévisions pour l’économie française afin d’intégrer les répercussions de la guerre au Moyen-Orient et en particulier ses conséquences sur les prix énergétiques.
Une fois n’est pas coutume, l’institution a élaboré trois scénarios plus ou moins favorables pour tenir compte de l’incertitude qui demeure autour de la durée et de l’intensité du conflit. Évidemment, plus il sera court, plus l’impact sur la croissance sera limité. Au contraire, un enlisement plomberait sérieusement l’économie tricolore.
Une croissance de 0,9% en cas d’arrêt rapide du conflit
Dans le meilleur des cas, c’est-à-dire celui d’une guerre qui prendrait fin à court terme, l’envolée des prix du gaz comme du pétrole resteraient relativement contenue (jusqu’à 92 dollars le baril maximum au deuxième trimestre, avant de redescendre autour des 70 dollars mi-2027). La hausse des prix énergétiques se répercuterait malgré tout sur l’inflation qui atteindrait en données harmonisées 1,7% en 2026, soit +0,8 point par rapport à l’estimation de décembre.
Une mauvaise nouvelle pour le pouvoir d’achat des salariés qui resterait stable alors qu’une progression de 0,7% était initialement attendue. De quoi peser à la fois sur la croissance de la consommation des ménages et l’investissement des entreprises et donc sur la dynamique du PIB qui progresserait de 0,9% sur l’année. Un moindre mal toutefois puisqu’il s’agit d’une révision à la baisse de seulement 0,1 point.
« La hausse des prix de l’énergie, conjuguée à une révision à la hausse des taux d’intérêt par rapport à décembre, pèserait » encore sur la croissance en 2027 (+0,8%, -0,2 point) juge par ailleurs la Banque de France. Avant d’envisager une reprise en 2028 (1,2%, +0,1).
Une croissance abaissée jusqu’à 0,3% en cas de conflit durable
La donne ne serait pas du tout la même si le conflit au Moyen-Orient se prolongeait. Le scénario de la Banque de France dit « défavorable » (baril à 119 dollars au deuxième trimestre) conduirait à une inflation de 2,5% en France en 2026 et une croissance de seulement 0,6%.
« La hausse des prix de l’énergie à court terme serait plus forte que dans le scénario de base, de même que le niveau d’incertitude sur les marchés financiers. Mais la production et les exportations de pétrole et de GNL en provenance du Moyen-Orient reprendraient rapidement une fois le conflit terminé, et les prix amorceraient un retour progressif vers le niveau du scénario de base qu’ils rejoindraient fin 2027 », relève la Banque de France
Le scénario le plus sombre prévoit lui un baril de pétrole à 145 dollars au deuxième trimestre. Dans cette hypothèse, 60% des flux de pétrole et de GNL qui transitent par le détroit d’Ormuz seraient interrompus au deuxième trimestre (contre 40% dans le scénario précédent) et les infrastructures existantes seraient durablement endommagées.
« Les prix du pétrole et du gaz augmenteraient davantage encore et resteraient durablement plus élevés par rapport au scénario de base », souligne la Banque de France. Avec pour résultat une croissance réduite à peau de chagrin (0,3%) cette année et une inflation presque deux fois plus forte que dans le scénario de base (3,3%).
Un choc qui n’a rien à voir avec celui de 2022
Si certains sont tentés de faire un parallèle avec la crise énergétique survenue après l’invasion russe en Ukraine en 2022, la Banque de France assure que la comparaison n’a pas lieu d’être à ce stade.
Non seulement l’ampleur du choc anticipé par les marchés sur les prix de l’énergie étaient bien supérieure il y a quatre ans, mais l’Europe et notamment la France était encore plus démunies à cet instant. À l’époque, le gaz russe représentait en effet encore 45% des importations de l’UE alors que le pétrole et le GNL provenant du Moyen-Orient en représentent aujourd’hui environ 12 et 11%, d’après UBS.
Le Vieux continent entrait en outre dans cette crise déjà affaibli par le Covid et ses conséquences, avec une inflation préexistante en raison des difficultés d’approvisionnement. Enfin, la production d’électricité en France avait largement été perturbée par l’arrêt de plusieurs centrales nucléaires il y a quatre ans, ce qui avait tiré les prix de l’électricité à la hausse.
Désormais, « la France est depuis redevenue exportatrice nette d’électricité. Dans la mesure où les interconnexions avec le reste de l’Europe sont limitées, il est peu probable qu’une hausse du prix de l’électricité dans les pays où elle est produite par des centrales à gaz se transmette aux prix français », rapelle la Banque de France.
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