- Advertisement - spot_imgspot_img
AccueilSanté"Offrir aux patients un cadre de soins privilégié" : un hôpital de jour...

"Offrir aux patients un cadre de soins privilégié" : un hôpital de jour dédié aux personnes transgenres ouvre ses portes une fois par mois à Paris

Le centre de santé sexuelle de l’hôpital Pierre-Rouquès-Les Bluets à Paris ouvre un hôpital de jour dédié à l’accueil des personnes transgenres et non binaires.


Publié le 26/03/2026 17:47

Temps de lecture : 6min

L’hôpital Pierre Rouquès-Les Bluets, à Paris. (JOEL SAGET / AFP)

Une fois par mois, depuis le mercredi 25 mars, l’hôpital Pierre-Rouquès-Les Bluets dans le 12e arrondissement de Paris propose un nouveau dispositif. Au sein du centre de santé sexuelle, un hôpital de jour accueille, sur orientation médicale, des personnes transgenres et non binaires concernées par une prescription de testostérone.

Le temps d’une demi-journée, les patients ont accès à un temps de soins coordonné, un atelier d’auto-éducation à l’injection de testostérone, aux ressources d’associations et à des temps d’échanges collectifs. Une prise en charge pluridisciplinaire et centralisée qui permet d’éviter la fragmentation des parcours de soins à laquelle sont souvent confrontées les personnes en transition, souligne la docteure Marie Razon, responsable du centre de santé sexuelle de l’hôpital Pierre-Rouquès.

Franceinfo : A quels besoins spécifiques répond la création de cet hôpital de jour ?

Marie Razon : La prise en charge des personnes en parcours de transition fait partie des objectifs de santé publique. Il y a énormément de données publiées sur le fait que ces personnes se retrouvent souvent éloignées du système de soins, qu’elles présentent beaucoup plus de pathologies et qu’elles sont moins bien soignées que les autres personnes. Les ruptures de suivi viennent parfois de la peur d’être mégenré ou de la peur d’être jugé au moment de la consultation. Pour leur éviter d’avoir des prises en charge très morcelées, on propose une offre de soins qui permet, en une matinée, à la fois d’avoir la consultation avec le médecin, mais aussi d’apprendre comment s’auto-injecter les traitements hormonaux injectables et bénéficier éventuellement de l’administration de la première dose par notre infirmière, ou encore d’avoir des ateliers autour de thèmes étroitement liés. Mercredi matin, l’atelier était autour de la santé mentale mais on envisage aussi d’en faire autour des enjeux nutritionnels et diététiques.

Le premier point fort par rapport à un parcours de consultation classique, c’est cette concentration de professionnels et le gain de temps, parce que tout se fait en même temps et au même endroit. Mais il y a aussi l’apport du collectif, parce qu’il y a plusieurs temps d’échanges et parfois le partage d’expériences, de parcours. Le fait de ne pas se sentir seul face à une problématique, c’est vraiment extrêmement précieux pour les personnes concernées. Enfin, le troisième point fort de l’hôpital de jour, c’est qu’on a réussi à intégrer dans cet accueil une personne issue du milieu associatif, qui est un salarié de l’association Acceptess-T, pour faire de la pair-aidance et donner d’autres ressources, notamment sociales, administratives, juridiques et parler des enjeux sociétaux qu’il peut y avoir autour de la transidentité. Ça permet de créer un lien et de proposer un accompagnement qui peut-être va se poursuivre au-delà de l’hôpital de jour.

« Notre volonté, c’est d’offrir aux patients un cadre de soins privilégié et assuré par des personnes qui ont conscience des enjeux qu’ils traversent et qui connaissent bien cette problématique. »

Comment s’organise une prise en charge à l’hôpital de jour ?

L’adressage des patients peut se faire soit par des médecins de notre centre de santé sexuelle soit par des personnes extérieures à l’hôpital qui font partie de notre réseau et qui peuvent, par le biais d’une fiche de liaison, nous adresser des personnes. Les dossiers sont étudiés et validés en amont par nos services. À 8h30 du matin, les patients sont accueillis par notre infirmière qui fait leur admission. Ensuite se succèdent les différents ateliers et temps individuels sur toute la demi-journée. On propose des entretiens avec la conseillère conjugale et familiale s’il y a besoin d’un accompagnement, un échange avec l’infirmière pour apprendre l’auto-injection et éventuellement recevoir une première injection de traitement, si c’est le moment de le faire. Puis, il y a une consultation médicale individuelle pour faire les prescriptions et répondre aux questions qui sont peut-être plus personnelles.

« À l’issue de cette demi-journée, on remet un compte-rendu d’hôpital de jour, des prescriptions pour pouvoir continuer le traitement de façon autonome. »

Évidemment, ça ne s’arrête pas là, on peut fixer d’autres consultations en dehors de l’hôpital de jour, pour revoir l’infirmière et continuer les injections, par exemple, ou pour permettre un suivi psychologique en fonction des demandes. Après ça, le suivi se fait en général trois à six mois après, par une consultation médicale soit avec la personne qui a adressé, soit avec quelqu’un du service, au choix de l’usager.

Quelles évolutions envisagez-vous pour l’hôpital de jour dans la prise en charge des personnes transgenres ?

On a choisi de démarrer avec une ouverture par mois pour six patients accueillis. On a évidemment la possibilité, à terme, d’augmenter la fréquence. Pour le moment, le dispositif s’adresse uniquement aux personnes transmasculines, notamment parce que la testostérone est inscrite en délivrance pharmaceutique avec des restrictions spécifiques de prescription. Pour beaucoup de patients, c’est facilitant d’avoir une première prescription et une première administration dans nos services. C’est pour cette raison qu’on a priorisé ces personnes en premier parce qu’on sentait qu’il y avait plus de besoins et qu’il fallait bien démarrer quelque part. Mais on a évidemment le projet de décliner l’offre pour des personnes transféminines. On a le soutien des associations. Ces projets, on les envisage en amont avec elles. Il y a encore beaucoup de choses à faire dans ce domaine-là en termes de prise en charge médicale.

« La transidentité a longtemps été cantonnée au champ de la psychiatrie, c’est assez récent qu’on l’envisage par le biais de la santé sexuelle et ça ouvre beaucoup de perspectives en termes de soins. »

Maintenant, on travaille couverts par les recommandations faites par la Haute autorité de santé qui ont été revues très récemment, qui donnent des lignes directrices hyper précieuses pour nous et qui sont aussi un gage de garanties et de qualité d’offre de soins. Mais quand j’ai commencé à suivre des personnes trans il y a dix ans, il n’y avait absolument rien d’écrit sur comment bien faire.


Source:

www.franceinfo.fr

Annonce publicitairespot_img

Derniers articles

Annonce publicitairespot_img