Sur le plateau de l’émission « Tout est politique », Marc Fesneau, président du groupe Modem à l’Assemblée nationale et ancien ministre de l’Agriculture, s’exprime sur la surexposition des Français au cadmium.
Ce texte correspond à la retranscription d’une partie de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour regarder l’entretien en intégralité.
Marc Fesneau, président du groupe Modem à l’Assemblée, a également été ministre de l’Agriculture entre 2022 et 2024. Face à Sonia Chironi et Nathalie Saint-Cricq, mercredi 25 mars, il réagit à l’alerte lancée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) sur une « imprégnation forte et croissante » des Français en cadmium, un métal lourd présent dans les sols et qu’on retrouve dans l’alimentation.
Sonia Chironi : Quand on mange tous les jours des pâtes, du pain, des céréales… Je crois que c’est le cas à peu près de tout le monde, on s’empoisonne au quotidien ? C’est un scandale de santé publique ?
Marc Fesneau : On ne veut pas dire que c’est à chaque fois un scandale de santé publique. Le sujet est posé depuis un certain temps, d’ailleurs on attendait des résultats de l’Anses. Je pense que ce qui est important, ce que vous avez dit d’une certaine façon, c’est qu’il faut se baser sur la science.
Le mieux, c’est qu’on laisse la science dire et qu’après, en fonction de ce que dit la science de l’exposition, du facteur de risque… qu’on prenne les décisions qui s’imposent. On savait que c’était un produit cancérogène, la question, c’était la dose, comme dans des tas de choses.
Le sujet principal, c’est que les engrais phosphatés, un certain nombre contiennent une teneur en cadmium qui est importante. On a besoin de phosphate pour faire pousser des plantes. C’est juste la dose de cadmium à l’intérieur du phosphate qu’il faut essayer de réduire. C’est là-dessus qu’il va falloir travailler, qu’on enlève du cadmium aux engrais phosphatés, ce qui va renchérir le coût quand même. C’est ça le sujet sur lequel il faut qu’on travaille.
Sonia Chironi : Mais en attendant, plus de la moitié de la population a un niveau supérieur aux limites ?
Marc Fesneau : Ne reprochons pas aux politiques de ne rien faire. L’important, c’est qu’on ait des données sur lesquelles on puisse se baser. Ce n’est pas pour perdre du temps. Le mieux, c’est que la science nous dise. Et qu’après, avec ce qu’on sait, ce que dit l’Anses, c’est l’utilité des autorités scientifiques.
Nathalie Saint-Cricq : Vous savez très bien qu’il y a des choses que la science a pu dire et qui n’ont pas été forcément suivies d’effets, parce qu’on disait soit qu’il n’y avait pas de substituts. Regardez pour le glyphosate…
Marc Fesneau : Si vous écoutez l’Anses et si vous écoutez l’Agence européenne, on dit que sur le glyphosate, justement, il n’y a pas les effets que certains, en particulier certains internautes (dénoncent)…
Nathalie Saint-Cricq : Mais dans certains cas, on nous dit également qu’il y a eu une surestimation en France pour protéger la population et que dans d’autres pays européens on est beaucoup plus laxistes.
Marc Fesneau : Mais ce n’est pas laxiste. Je ne peux pas remettre en cause une autorité sanitaire européenne parce que si je commence à dire je ne suis pas d’accord avec l’autorité sanitaire européenne, il y aura beau jeu de dire aussi je ne suis pas d’accord avec l’autorité sanitaire française. Ce sont les mêmes autorités sanitaires, enfin les mêmes. Ce sont dans les deux cas des scientifiques.
Nathalie Saint-Cricq : Vous comprenez que les Français, ou les gens, ou l’opinion, ou nous, soient inquiets en se disant, d’abord il faut attendre qu’il y ait une étude, deuxièmement qu’elle soit sérieuse, troisièmement qu’elle soit confirmée, quatrièmement qu’elle soit sûre, et ensuite après que ça passe à l’échelon européen. Comment faire quand on dit aussi que l’eau en bouteille est dangereuse, que l’eau filtrée est dangereuse, que l’eau du robinet est dangereuse…
Marc Fesneau : J’essaie de mettre un peu de rationalité dans ce monde. La rationalité, c’est quand même les faits. Et les faits, c’est la science. Je sais que la science, parfois, a besoin de démontrer, et c’est long de démontrer. La science, ce n’est pas les réseaux sociaux. La science, ce n’est pas le fil Twitter. La science a besoin de démontrer des choses. À partir de là, il faut avancer.
Nathalie Saint-Cricq : Le chlordécone, par exemple, ça a mis du temps.
Marc Fesneau : En vérité, la science l’avait dit. Ce sont des décisions politiques à l’époque, sous pression d’un certain nombre de gens, y compris des élus locaux, qui ont laissé faire. Alors que le chlordécone était déjà interdit dans un pays dont on dit qu’il est laxiste sur le sujet : les États-Unis.
Donc la question c’est une fois que la science dit des choses, l’objectif c’est de prendre les décisions puis de trouver une trajectoire. Parce qu’on ne peut pas sortir non plus du jour au lendemain. Donc après, c’est de trouver une trajectoire.
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Source:
www.franceinfo.fr





