DANS NOS ARCHIVES – Notre journaliste avait rencontré le roi de la castagne en 1986, alors qu’il était en pleine promotion à Paris pour son film “Invasion USA”. Nous republions cet entretien au lendemain de la mort de Chuck Norris, le 19 mars 2026.
ll boit pas, il fume pas, il flingue du terroriste. Mais attention, pas de violence gratuite ! Car Chuck Norris a un code moral ; il respecte son jeune public. Ben voyons… Photo Cannon/Kobal/Shutterstock/Sipa
Publié le 21 mars 2026 à 15h59
Mis à jour le 23 mars 2026 à 09h09
La poignée de main est chaleureuse mais ferme. Le sourire décontracté, mais prudent. L’œil poli mais aux aguets. Chuck Norris a une mission à remplir. Il est venu promouvoir un film, mais aussi une doctrine. Pure et dure.
Avec Chuck Norris, l’art de la cogne s’est trouvé un héros. Une enfance à la dure dans l’Oklahoma, auprès d’une mère irlandaise qui rame ferme pour élever ses trois mômes, une admiration sans bornes pour John Wayne (« Mon père de substitution »), un apprentissage de baroudeur en Corée dans l’Air Force, et sept titres de champion du monde de karaté ont fait de ce blond tatoué la botte secrète d’un pays en état de choc.
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L’arme de Chuck, c’est donc le poing. Lorsqu’il fait ses débuts à l’écran, c’est dans La Fureur du dragon : Bruce Lee est convaincu que c’est le seul Blanc digne de figurer dans un film de kung-fu. Peu après, Steve McQueen, qui est inscrit dans l’une des quarante écoles de combat qu’il dirige, lui conseille de devenir acteur. Chuck Norris abandonne la compétition, avec un mot d’ordre : ne jamais jouer les méchants, les drogués, les alcooliques.
« Mon public se recrute surtout chez les jeunes, et je tiens à préserver un code moral. Mes supporters veulent me voir fort et bon à 100 %. » Si les films de ce nouveau Monsieur Propre font un tabac aux USA, c’est parce qu’il ne fume pas, ne boit pas et ne bouffe que du Vietnamien (voir la folie meurtrière de Portés disparus). C.Q.F.D.
“Apocalypse now” ? “Trop négatif”
Tranquillos, Chuck vous explique que Clint Eastwood s’est dévoyé, qu’Apocalypse now de Coppola est « trop négatif », et que rien ne vaut « la performance physique ». Foin d’états d’âme : l’invincible ne s’est-il pas dit prêt à « combattre King-Kong et sa famille… » ?
Une question, bien sûr, vous brûle les lèvres : pourquoi cet éducateur de Chuck se vautre-t-il dans la violence sanguinaire ? « Il y a des situations où l’on est obligé de répondre par la violence. Le terrorisme, c’est comme Hitler. On ne peut pas le combattre par la passivité. »
Soudain volubile, Chuck Norris vilipende Carter (« trop faible »), exalte Reagan (« Je suis pour un Président solide et autoritaire »), dénonce l’Iran et la Syrie et voit du KGB partout. Puis développe sa méthode. Un : museler les médias, qui doivent cesser illico de parler des crimes terroristes. Deux : flinguer les terroristes, sans faire le détail. Trois : fonder une organisation internationale pour traquer ces chiens.
Pour égayer ce terrifiant discours-bazooka, quelques confessions : le roi de la Série B (comme Boum-Boum) n’a pas beaucoup d’humour (on s’en était aperçu !), ne rechignerait pas à tourner enfin une histoire d’amour (le cœur est un muscle solitaire !) et rêve même d’une comédie qu’il tournerait à Paris, avec, si possible, Michel Blanc. Si seulement notre mec plus ultra pouvait lui conseiller, en matière de fanatisme, une séance de marche à l’ombre !
Article paru dans le Télérama n° 1878 du 8 janvier 1986
Source:
www.telerama.fr





