Le pacte conclu entre le Niger et les autorités de Benghazi marque une inflexion dans les rapports de force au Sahel. En actant une logique de non-agression, le général Abdourahamane Tiani et le camp du maréchal Khalifa Haftar cherchent à contenir le risque d’un affrontement indirect, dans un espace où les tensions locales croisent les rivalités régionales. L’accord ne règle pas les fractures de fond, mais il fixe une ligne de retenue entre deux pôles dont les intérêts se rencontrent aux marges méridionales de la Libye.
Le Fezzan, vaste région du sud libyen, occupe une place centrale dans cette recomposition. À la jonction des routes sahariennes, proche du Niger et de l’Algérie, il constitue un terrain sensible pour les acteurs militaires, politiques et économiques. Sa stabilité conditionne une partie des équilibres frontaliers dans le Sahara central, déjà fragilisé par les circulations armées, les trafics et l’absence d’autorité unifiée en Libye. Dans ce contexte, un pacte de non-agression vise d’abord à empêcher qu’une rivalité locale ne se transforme en confrontation par intermédiaires.
Derrière cette détente entre Niamey et Benghazi se dessine une compétition plus large. L’Algérie, puissance frontalière directement concernée par la sécurité saharienne, défend une influence de proximité sur les dynamiques du Fezzan. En face, les Émirats arabes unis s’inscrivent depuis plusieurs années dans les équilibres libyens à travers leurs relations avec le camp de l’Est. La rencontre de ces deux stratégies fait du sud libyen un espace de rivalité directe, même lorsque les acteurs locaux privilégient officiellement l’apaisement.
Pour Niamey, l’enjeu est aussi de sécuriser son environnement régional après une période de fortes tensions diplomatiques et militaires au Sahel. Pour les autorités de Benghazi, l’accord permet de consolider une relation utile vers le sud et d’éviter l’ouverture d’un nouveau front politique. La marge de manœuvre reste toutefois étroite : tout déséquilibre dans le Fezzan peut avoir des répercussions sur les frontières, les alliances et les échanges entre le Maghreb et l’Afrique sahélienne.
Cette évolution intervient alors que les initiatives internationales sur la Libye peinent à réduire durablement la fragmentation du pays. Les efforts portés par les Nations unies en Libye se heurtent toujours à la coexistence de centres de pouvoir concurrents. Le pacte Tiani-Haftar ne constitue donc pas un règlement régional, mais il révèle une donnée essentielle : au Sahel comme en Libye, la stabilité dépend autant des arrangements locaux que des rapports d’influence entre puissances voisines et partenaires extérieurs.






