Une nouvelle chaîne vient s’ajouter au paysage médiatique déjà sous tension du Sahel. Tafouk TV a été lancée par les régimes militaires au pouvoir au Mali, au Burkina Faso et au Niger, trois pays réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel. Le projet se présente comme un outil de communication commun destiné à donner une visibilité accrue au discours souverainiste défendu par ces autorités depuis leur rapprochement politique et sécuritaire.
La naissance de Tafouk TV intervient dans un moment où ces trois capitales cherchent à installer un récit régional cohérent, centré sur l’indépendance politique, la critique des ingérences extérieures et la légitimation des choix opérés par les pouvoirs militaires. Le média offre ainsi une plateforme commune à des régimes qui ont déjà renforcé leur coordination diplomatique. Dans cette configuration, l’information devient un levier stratégique, au même titre que les accords de sécurité ou les prises de position communes sur la scène africaine.
Le lancement de la chaîne est également associé à l’influence de la Russie, dont l’appui politique aux autorités sahéliennes s’est affirmé ces dernières années. L’encouragement de Moscou à cette initiative s’inscrit dans une concurrence plus large autour des récits publics, particulièrement forte dans des pays marqués par les crises sécuritaires et par une défiance croissante envers les anciens partenaires occidentaux. Le rôle de Tafouk TV ne se limite donc pas à la diffusion d’actualités institutionnelles : il participe à la construction d’un espace médiatique aligné sur les priorités des juntes.
Cette évolution survient toutefois alors que les conditions de travail des journalistes locaux se dégradent. Dans les trois pays concernés, la pression sur les médias indépendants et les voix critiques s’est intensifiée, réduisant la marge de manœuvre des rédactions nationales. La création d’un canal soutenu par les autorités militaires accentue le contraste entre une communication officielle de plus en plus organisée et un pluralisme médiatique fragilisé. Pour les citoyens, l’enjeu réside dans l’accès à une information diversifiée, capable de traiter les questions sécuritaires, politiques et sociales sans dépendre exclusivement des récits institutionnels.
Avec Tafouk TV, l’Alliance des États du Sahel franchit une étape supplémentaire dans la structuration de son identité publique. Le média devra être observé non seulement comme une chaîne de télévision, mais comme un instrument de projection politique au service de régimes qui entendent peser davantage sur la perception de leurs choix. Dans une région où l’information est devenue un terrain de confrontation, sa mise en place confirme la centralité du contrôle du récit dans les recompositions en cours.






