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KATUMBI-KATEBE : QUAND LA JUSTICE DEVIENT UNE ARME DE VENGEANCE POLITIQUE EN RDC

Pour comprendre l’affaire qui oppose aujourd’hui Raphaël Katebe Katoto à son frère Moïse Katumbi, il faut remettre les événements dans l’ordre. Entre les transactions immobilières du début des années 2000, la rupture politique entre les deux frères, la procédure annoncée en 2024 et la saisine de la Cour de cassation en 2026, le contexte a profondément changé.

Aujourd’hui, une question domine : assistons-nous à un simple contentieux patrimonial ou à une nouvelle instrumentalisation de la justice contre Moïse Katumbi ?

DES TRANSACTIONS QUI REMONTENT AUX ANNÉES 2000

Raphaël Katebe Katoto revendique notamment des biens situés à Lofoï, Kashobwe, Futuka, Munguzi, Mulonde et Mahenge.

À Lofoï, l’histoire remonte à 2001. La villa située au 22, avenue Lofoï, à Lubumbashi, était alors inachevée. Katebe cherchait à la vendre. Après plusieurs discussions, le prix avec Moïse Katumbi aurait été fixé à 1,25 million de dollars.

Les documents présentés publiquement retracent plusieurs paiements : 1 million de dollars, puis 50 000 dollars, et enfin 200 000 dollars. Une quittance datée du 28 avril 2005 confirme la réception des derniers 200 000 dollars. Un document établi en décembre 2006 confirme également l’opération. Le montant total annoncé atteint donc 1 250 000 dollars.

À Kashobwe, un acte signé à Bruxelles le 28 décembre 2006 établit la vente des bâtiments à Moïse Katumbi.

Cette date est capitale : Moïse Katumbi n’était pas encore gouverneur du Katanga. Il ne le deviendra qu’en janvier 2007.

À Futuka, il est question de 21 hectares. Selon les éléments publiés, Katebe aurait d’abord vendu ces terres à Longo Longo pour environ 30 000 dollars, avant que Moïse Katumbi ne les acquière ensuite auprès de Longo Longo pour 80 000 dollars.

La chaîne de propriété présentée est donc : Katebe → Longo Longo → Katumbi.

Ces documents ne constituent évidemment pas, à eux seuls, un jugement définitif. Mais ils imposent une question : peut-on parler de spoliation sans examiner les actes de vente, les quittances, les paiements et la chaîne de propriété ?

2007 : KATUMBI DEVIENT GOUVERNEUR

Cette date est essentielle.

Les principales transactions documentées à Lofoï et Kashobwe sont antérieures à janvier 2007.

Katumbi n’était donc pas gouverneur lorsqu’une partie essentielle de ces transactions a été conclue.

Cette précision n’établit pas à elle seule la propriété définitive des biens. Mais elle est indispensable pour comprendre le dossier et éviter de réécrire l’histoire après coup.

2016-2017 : LA RUPTURE ENTRE LES DEUX FRÈRES

La relation entre les deux frères n’a pas toujours été celle que l’on observe aujourd’hui.

En 2016, lorsque Moïse Katumbi est poursuivi dans une autre affaire immobilière, Raphaël Katebe Katoto prend publiquement sa défense et dépose lui-même une plainte pour faux et usage de faux.

En 2017, les deux frères rompent politiquement et Katebe se rapproche du camp de Joseph Kabila.

Ce rappel permet de comprendre que le contentieux actuel s’inscrit aussi dans une relation familiale et politique profondément détériorée.

2024 : LA DATE AVANCÉE PAR KATEBE

Raphaël Katebe Katoto affirme que la procédure contre Moïse Katumbi date de 2024.

Il l’a encore répété le 30 septembre 2026, en rejetant tout lien entre sa récente mission au Katanga et le dossier judiciaire.

Très bien.

Mais une question demeure :

où cette procédure a-t-elle été introduite en 2024 ?

Devant quel parquet ?

Devant quelle juridiction ?

Et comment est-elle arrivée devant le Parquet général près la Cour de cassation ?

POURQUOI LA COUR DE CASSATION ?

C’est probablement la question la plus importante de toute cette affaire.

En août 2026, le dossier prend une nouvelle dimension avec son arrivée devant le Parquet général près la Cour de cassation, qui demande la fixation d’une audience visant Moïse Katumbi.

Alors une question simple, mais fondamentale, s’impose :

Pourquoi la Cour de cassation ?

Sur quel fondement juridique cette haute juridiction est-elle compétente pour connaître directement de cette affaire ?

L’explication souvent avancée renvoie à la qualité d’ancien gouverneur de Moïse Katumbi. Mais cette justification appelle elle-même des interrogations.

Katumbi n’est plus gouverneur du Katanga.

Et surtout, les principales transactions aujourd’hui contestées remontent à 2001, 2003, 2005 et 2006, donc à une période où Moïse Katumbi n’exerçait pas encore cette fonction. Il ne deviendra gouverneur qu’en janvier 2007.

Dès lors, si les faits poursuivis ne sont pas liés à des actes commis dans l’exercice de ses fonctions de gouverneur, quel est exactement le fondement qui justifie la compétence de la Cour de cassation ?

Cette question n’est pas un détail de procédure.

Elle touche au principe du juge naturel, aux règles de compétence et aux garanties fondamentales d’un procès équitable.

JUSTICIA ASBL a précisément demandé des explications sur la compétence de la Cour de cassation et sur les conditions dans lesquelles cette procédure a été engagée.

Avant même de déterminer si Moïse Katumbi est coupable ou innocent, il faut d’abord déterminer quelle juridiction est légalement habilitée à le juger.

PETER KAZADI ET LE SPECTRE DE L’INSTRUMENTALISATION

Un autre élément mérite d’être relevé : la présence de Peter Kazadi lors de l’audience accordée par Félix Tshisekedi à Raphaël Katebe Katoto dimanche 27 septembre.

Katebe venait officiellement remettre au chef de l’État le rapport de la mission de consultations qu’il avait menée au Katanga à la demande du président.

Mais la présence de Peter Kazadi interpelle d’autant plus que son nom apparaît dans les accusations d’instrumentalisation de la justice formulées autour du dossier Katumbi.

Selon les éléments avancés par le camp de Katumbi, Peter Kazadi aurait joué un rôle dans l’organisation de cette audience.

Comment ne pas s’interroger sur cette proximité ?

D’un côté, Peter Kazadi est mis en cause par le camp Katumbi dans des accusations de pressions sur des magistrats afin d’orienter une procédure visant un opposant politique. De l’autre, il apparaît au cœur de l’organisation de la rencontre entre le chef de l’État et le plaignant dans cette même affaire.

Cette proximité ne constitue pas, à elle seule, la preuve d’une intervention dans la procédure judiciaire. Mais elle exige des explications.

JUSTICIA ASBL a dénoncé une « tentative de manipulation de la justice » et demandé que soient clarifiées les conditions dans lesquelles cette procédure a été portée devant la Cour de cassation.

Si Peter Kazadi n’a exercé aucune pression sur les magistrats, qu’il puisse le démontrer.

Mais si des magistrats ont été intimidés ou orientés pour fragiliser Moïse Katumbi, alors nous ne sommes plus devant un simple contentieux patrimonial.

Nous sommes face à une instrumentalisation de la justice à des fins politiques.

UNE JUSTICE « MALADE » : QUI CONTRIBUE À LA RENDRE MALADE ?

Le paradoxe est d’ailleurs saisissant : Félix Tshisekedi dénonce régulièrement une justice « malade ». Mais si son entourage est accusé d’exercer des pressions sur les magistrats, une question s’impose : qui contribue à rendre cette justice malade ?

On ne peut pas prétendre réformer la justice tout en laissant planer le soupçon d’une utilisation politique de celle-ci contre les adversaires du pouvoir.

Le président de la République a une responsabilité particulière : faire en sorte que la justice soit non seulement indépendante, mais qu’elle soit perçue comme telle.

Dans une affaire aussi sensible, cela passe par des réponses claires sur la compétence de la juridiction, la procédure suivie, les droits de la défense et l’absence de toute pression politique.

LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE DOIT REGARDER

La communauté internationale doit également suivre ce dossier avec attention.

Non pour rendre la justice à la place des Congolais, mais pour veiller au respect de l’État de droit, de l’indépendance des magistrats et du droit à un procès équitable.

Car l’enjeu dépasse désormais le conflit entre deux frères.

Katebe Katoto a le droit de saisir la justice et de défendre ses prétentions sur les biens concernés.

Moïse Katumbi a le droit de répondre aux accusations, de produire ses documents et d’être jugé par une juridiction dont la compétence ne souffre d’aucune ambiguïté.

Les actes de vente doivent parler.

Les paiements doivent parler.

Les titres de propriété doivent parler.

Et le droit doit trancher.

Pas la politique.

Raphaël Katebe Katoto l’a dit : « Le juge n’est pas dans la rue, il est à la Cour. »

Alors qu’il en soit ainsi.

Que la Cour dise le droit, toute seule, sans pression et sans instruction politique.

C’est à cette condition seulement que cette procédure pourra être considérée comme un véritable procès — et non comme un nouvel épisode du combat politique contre Moïse Katumbi.

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