Cet accord, qui prévoit que son entreprise investisse 980 millions d’euros entre 2028 et 2032 dans le cinéma français et européen, a été conclu quelques semaines après une vive polémique ayant émaillé le Festival de Cannes en mai. Après une tribune dénonçant « l’emprise grandissante de l’extrême droite » dans le 7e art, qui visait le milliardaire conservateur Vincent Bolloré, actionnaire de référence de Canal+, Maxime Saada avait affirmé que son groupe ne souhaitait plus financer les films de ses signataires. Face à l’émoi suscité par ses déclarations en plein festival, il s’était ensuite défendu de vouloir dresser une « liste noire ».
Mais le dirigeant, interrogé mardi par l’AFP en marge des résultats de son groupe, a assuré qu’il « n’oublie rien ». « C’est 1% des gens qui ont signé cette pétition. Je reste sur ma position qui est que, si des gens portent préjudice à l’image de Canal+, on ne financera pas leur film », a martelé M. Saada. « C’est quelque chose qui va être pris en considération et cela paraît naturel », a-t-il relevé, tout en précisant qu' »on n’a, en revanche, jamais changé notre politique, et on ne la changera pas, de diversité du cinéma français ».
Dans l’accord de financement présenté le 27 juillet, « on a insisté sur la diversité, les premiers films, les nouveaux films, les nouveaux talents, les films d’animation », a souligné le dirigeant. Il « permettra à Canal+ de continuer à proposer à ses abonnés les plus grands films français, européens et internationaux dès six mois après leur sortie en salles », a indiqué lundi la société. M. Saada s’est félicité que Canal+, premier financeur du cinéma français, conserve cet « avantage compétitif ». « Il y a une pression importante des acteurs qui souhaitent avancer dans la chronologie » de la diffusion mais « je ne souhaitais pas avancer davantage parce que je pensais que ça pouvait commencer à être un problème pour les salles » de cinéma, a-t-il souligné auprès de l’AFP. Les investissements de Canal+ dans le cinéma français et européen s’élèveront à 190 millions d’euros de 2028 à 2030, puis à 205 millions en 2031 et 2032.
Un accord de 5 ans : une première
C’est la première fois qu’un tel accord porte sur cinq années. « Si on doit construire et faire évoluer son offre, il faut du recul, il faut du temps et donc j’ai toujours été favorable à un accord long », a expliqué le dirigeant. Qu’est-ce qui a permis de conclure l’accord, négocié de longue date ? « Les producteurs se rendent compte qu’au fond, (…) l’acteur le plus intéressé au financement du cinéma, et plus globalement à l’avenir du cinéma français, c’est quand même Canal », selon M. Saada.
Un CA semestriel de +40%
Le groupe Canal+ a par ailleurs annoncé que son chiffre d’affaires avait bondi de 40% au premier semestre, grâce à l’acquisition du groupe sud-africain MultiChoice, ce qui a conduit le groupe à confirmer ses objectifs annuels, dans un communiqué publié le 28 juillet. « Nous sommes assez satisfaits de nos résultats financiers qui démontrent le changement de taille de Canal+ », a déclaré à l’AFP Maxime Saada. Canal+ a acquis MultiChoice, leader de la télévision payante en Afrique anglophone et lusophone, en septembre 2025, et compte désormais 41 millions d’abonnés dans plus de 70 pays, soit quatre fois plus qu’il y a 10 ans. Le chiffre d’affaires total de l’entreprise a ainsi atteint 4,3 milliards d’euros au premier semestre, contre 3,1 milliards un an auparavant. Hors MultiChoice, la croissance à périmètre et taux de change constants a été de 1,4%.
Canal+ a réalisé en six mois près de la moitié des synergies de coûts espérées sur l’année, soit 120 millions d’euros sur 250 millions. « Nous sommes très confiants dans notre capacité à atteindre cet objectif » et cela « valide pour nous l’acquisition de MultiChoice », a souligné M. Saada. Le résultat opérationnel ajusté (EBITa) avant éléments exceptionnels a grimpé de 68%, à 433 millions d’euros, « portant le taux de marge à 10,1%, principalement grâce à la consolidation de MultiChoice », selon un communiqué. « Nous avons un enjeu de redresser MultiChoice qui était en décroissance d’abonnés, de revenus et de profitabilité et nous avons des premiers signaux très positifs », s’est félicité M. Saada.
Une dynamique positive en Europe
En Afrique, le prix des décodeurs et des paraboles a été rendu plus accessible pour les nouveaux abonnés et le réseau de distribution a été renforcé. Les recrutements de nouveaux abonnés ont ainsi connu une hausse de 40% par rapport à la même période de l’an dernier dans les pays de MultiChoice. En Europe, Canal+ estime bénéficier également « d’une dynamique positive », notamment en France « grâce à une gestion rigoureuse des coûts » et « à la croissance du parc d’abonnés ». Côté à la Bourse de Londres et de Johannesburg désormais, il a profité de cette publication pour confirmer ses « objectifs annuels et moyen terme, malgré le contexte macroéconomique et géopolitique incertain pouvant peser sur certaines activités », relève-t-il dans son communiqué.
Source:
www.cbnews.fr






