La ministre de la Transition écologique s’apprête à quitter le gouvernement après le maintien des dérogations à certains pesticides dans la loi d’urgence agricole. Au-delà du désaccord politique, cette démission illustre aussi une greffe qui n’a jamais vraiment pris.
Publié le 22/07/2026 07:55
Temps de lecture : 2min
Monique Barbut doit remettre sa démission mercredi 22 juillet. La ministre de la Transition écologique acte ainsi son profond désaccord avec le contenu de la loi d’urgence agricole. « Dans ma tête je suis déjà partie », a-t-elle confié en petit comité. Cela fait deux jours qu’elle évoque son départ avec le Premier ministre, Sébastien Lecornu, depuis qu’elle a compris qu’il ne ferait rien pour empêcher les dérogations prévues pour certains pesticides. Au-delà du désaccord politique, cette rupture traduit aussi un problème de confiance.
Il y a quelques mois, Monique Barbut avait pourtant reçu des assurances de Sébastien Lecornu : il n’était pas question d’aborder les produits phytosanitaires dans la loi agricole. Mais les sénateurs en ont décidé autrement. En plus d’assouplir les règles sur les réserves d’eau pour les agriculteurs, Laurent Duplomb et plusieurs de ses collègues ont déposé un amendement autorisant des dérogations pour deux pesticides, dont le très controversé acétamipride, un néonicotinoïde. Pour la ministre, c’est la mesure de trop. Elle comptait alors sur le gouvernement pour corriger le tir en déposant un amendement supprimant cet article avant le vote définitif du texte.
Cet amendement ne viendra finalement pas. Le Premier ministre et la ministre de l’Agriculture refusent d’aller à l’encontre des parlementaires, et des sénateurs en particulier. Sébastien Lecornu l’annonce lundi lors d’une réunion avec le bloc central. Monique Barbut est stupéfaite. La veille encore, elle affichait sa conviction dans la presse : « je suis opposée à la réintroduction de ce pesticide », déclarait-elle dans une interview relue et validée par Matignon. Lundi, elle prévient immédiatement le Premier ministre qu’elle va claquer la porte. Sébastien Lecornu tente de la dissuader et la reçoit de nouveau mardi à midi, mais la ministre est décidée à remettre sa démission au président de la République avant le début du Conseil des ministres, mercredi à 10 heures. Libre ensuite à Emmanuel Macron de l’accepter… ou non. Le chef de l’État pourrait lui demander de rester quelques semaines afin de gérer les dossiers estivaux.
Au-delà de cette divergence politique, cette démission raconte aussi l’histoire d’une greffe qui n’a pas pris. Issue de la société civile, l’ancienne présidente de l’ONG WWF n’est jamais parvenue à incarner son portefeuille auprès du grand public, même si plusieurs de ses interlocuteurs saluent son travail en coulisses. Monique Barbut a peu fréquenté les médias et s’est rarement exprimée au Parlement. Il a fallu attendre plusieurs mois avant qu’elle ne prenne la parole lors d’une séance de questions au gouvernement. C’est le plus souvent son ministre délégué, Mathieu Lefèvre, qui était envoyé au front. « On a failli lancer une alerte enlèvement », ironisait récemment un sénateur, qui considère d’ailleurs Mathieu Lefèvre comme le véritable ministre de la Transition écologique.
Source:
www.franceinfo.fr






