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72% des micro-entrepreneurs ne passent pas le cap des cinq ans : et si le problème n'était pas la création ?

La France a gagné la bataille de l’accès à l’entrepreneuriat. Elle n’a pas encore gagné celle de la durée.

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Jamais la France n’a compté autant de candidats à l’entrepreneuriat individuel. Jamais elle n’en a vu repartir aussi vite un aussi grand nombre. Une chose, pourtant, semble tout changer : être accompagné, ou ne pas l’être.

Chaque année en France, le régime de la micro-entreprise attire davantage de candidats : ils sont aujourd’hui près de 759 000 à le rejoindre annuellement, presque deux fois plus qu’il y a sept ans. Le chiffre a de quoi réjouir : c’est le signe que l’envie de travailler à son compte n’a jamais été aussi forte, et d’un régime qui a effectivement tenu sa promesse de départ, celle de rendre la création d’entreprise accessible à quiconque en a l’envie. Mais une étude de l’Insee vient rappeler une réalité plus sobre : parmi les micro-entrepreneurs qui ont réellement démarré leur activité, seuls 39 % sont encore actifs cinq ans plus tard. En intégrant ceux qui ne sont jamais passés à l’acte, ce taux tombe à 28 %. Autrement dit, sur dix personnes qui franchissent le pas aujourd’hui, un peu plus de sept auront cessé leur activité avant leur cinquième anniversaire.

Un régime facile à rejoindre, difficile à tenir

Ce chiffre devient plus frappant encore lorsqu’on le compare aux autres statuts. Toujours selon l’Insee, le taux de survie à cinq ans atteint 63 % pour les entreprises individuelles classiques, et 71 % pour les sociétés. L’auto-entreprise, pensée pour être la porte d’entrée la plus large vers l’entrepreneuriat, est aussi celle qui se referme le plus vite derrière ceux qui l’ont franchie. Ce n’est pas un hasard statistique isolé : l’écart se maintient quel que soit le secteur d’activité, l’âge du créateur ou son expérience préalable.

Faut-il y voir l’échec du régime lui-même ? Ce serait une lecture trop rapide, et surtout injuste. Le micro-entrepreneuriat a permis à des centaines de milliers de Français de tester une activité, de se réinventer professionnellement ou de générer un revenu complémentaire sans jamais avoir à mobiliser les ressources d’une structure juridique classique. Le problème n’est pas la porte d’entrée. C’est ce qui se passe, ou plutôt ce qui ne se passe pas, une fois qu’on l’a franchie.

Le format éclair, et son revers

Créer une micro-entreprise n’a jamais été aussi accessible. Mais cette facilité a un revers : elle a fait disparaître le moment où quelqu’un demandait « Êtes-vous sûr de votre choix ? Avez-vous pensé à ceci, anticipé cela ? »

Les décisions prises en quelques clics n’ont pourtant rien d’anodin. Le régime fiscal retenu, le choix ou non du versement libératoire, le recours à l’ACRE, les seuils de chiffre d’affaires à ne pas dépasser : chacune de ces cases cochées a des conséquences qui se prolongent sur plusieurs années. Un formulaire, aussi bien conçu soit-il, ne reformule jamais une question mal comprise. Il valide un choix mais ne l’explique pas.

Ce fil de décisions non expliquées ne s’arrête pas à la création. Il se poursuit à chaque déclaration trimestrielle : combien mettre de côté pour les cotisations sociales, comment repérer qu’on approche d’un seuil, comment anticiper une régularisation. Le chiffre d’affaires moyen des auto-entrepreneurs encore actifs cinq ans après leur création s’élève à 20 000 euros par an selon l’Insee, mais le revenu réel qui en découle, une fois cotisations et charges déduites, ne représente qu’environ la moitié de cette somme, soit à peine plus que la moitié d’un Smic net. Dans ces conditions, la moindre incompréhension administrative ou le moindre imprévu peut suffire à faire basculer une activité qui, sur le papier, semblait pourtant viable.

Ce que l’accompagnement change réellement

L’Insee a mesuré l’effet de l’accompagnement sur la pérennité des micro-entreprises : recevoir un appui en matière de conseil, d’information ou de soutien logistique augmente de 7 points la probabilité d’être encore actif cinq ans après la création. Bénéficier d’une aide dédiée aux créateurs ou repreneurs d’entreprise l’augmente de 6 points. Ce sont des écarts que l’on retrouve à peu près à l’identique quel que soit le profil du créateur.

L’Insee prend soin de préciser que le lien de cause à effet n’est pas formellement établi : les créateurs qui se font accompagner sont peut-être aussi, par construction, les mieux préparés. Mais que la causalité soit totale ou partielle, la corrélation reste solide, et elle pointe toutes dans la même direction : ceux qui ont eu quelqu’un pour les guider durent plus longtemps que ceux qui ont été laissés seuls face à leurs choix.

Un accompagnement pensé comme un aiguillage ponctuel

C’est là que le bât blesse. L’accompagnement existe, mais il est presque systématiquement pensé comme un service ponctuel, mobilisé à l’instant précis de la création, puis abandonné. Or les données de l’Insee montrent que les difficultés ne se concentrent pas sur ce seul moment : elles s’étalent sur toute la durée de vie de l’activité, de la première déclaration de chiffre d’affaires jusqu’à une éventuelle cessation, qui mériterait d’ailleurs d’être anticipée avec autant de soin qu’une création, ne serait-ce que pour éviter les conséquences administratives d’un abandon mal géré.

Ce constat dépasse largement le seul cas de la micro-entreprise. Il touche plus généralement la manière dont on évalue les politiques de soutien à l’entrepreneuriat en France : on communique volontiers sur le nombre de créations, plus rarement sur le nombre de trajectoires qui aboutissent. On célèbre le flux d’entrée, on ignore le taux de sortie.

Mesurer la trajectoire, pas seulement le départ

Un indicateur de pérennité à cinq ans, qui prendrait en compte le rôle de l’accompagnement plutôt que le seul nombre de créations, donnerait sans doute une image plus juste de l’efficacité réelle des dispositifs de soutien à l’entrepreneuriat. Cela pourrait aussi inviter à repenser l’accompagnement comme un service qui se déploie dans la durée, plutôt que comme une formalité que l’on coche une bonne fois à l’inscription.

La France a résolu la question de l’accès à l’entrepreneuriat individuel, qui n’a jamais été aussi simple à rejoindre. Il lui reste à résoudre celle de la durée, qui ne se joue pas au moment où l’on crée son activité, mais dans les mois et les années qui suivent. C’est peut-être là que se trouve la prochaine étape d’une politique de soutien à l’entrepreneuriat qui voudrait vraiment porter ses fruits.


Source:

www.journaldunet.com

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