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"Collapse (face à Gaza)" : un kibboutz à la frontière du néant, filmé par la documentariste israélienne Anat Even

La réalisatrice de documentaires a passé deux ans à filmer la frontière environnante au kibboutz où elle a grandi, à quelques kilomètres de la bande de Gaza.


Publié le 03/05/2026 13:42

Temps de lecture : 4min

Au loin, la bande de Gaza en ruine. Au premier plan, les terres agricoles du kibboutz de Nir Oz, à quelques kilomètres de l’enclave palestinienne. (JHR FILMS)

Des immeubles en ruines délimitent l’horizon. Une bombe explose et s’élève dans le ciel blanc une épaisse fumée noire. Au premier plan des champs où passe un tracteur. Gaza, de loin, inatteignable et pourtant si proche à quelques kilomètres à peine.

Pour son documentaire Collapse (face à Gaza), en salles le 6 mai, la documentariste israélienne Anat Even a filmé pendant deux ans la frontière qui sépare l’enclave palestinienne du kibboutz où elle a grandi, une terre agricole au milieu du désert du Negev.

Le 23 octobre 2023, à peine deux semaines après les attaques du 7 octobre, Anat Even balade sa caméra dans un décor qui lui est familier, le kibboutz de Nir Oz. Elle y retrouve une communauté désertique, une ville fantôme où l’on devine que la vie est un cadavre encore chaud. Le drame est tout proche. Les vitres criblées de balles, les tables encore mises comme si on allait dîner, les murs noirs, carbonisés. Seuls les oiseaux y chantent encore. Sur les boîtes aux lettres ont été collés des stickers : « tué », « capturé », « libéré » (seulement deux). Un quart des 400 habitants du kibboutz de Nir Oz ont été tués ou capturés lors des attaques du 7 octobre. C’est la première scène de désolation de Collapse.

La deuxième est présente dès les premiers plans. C’est la bande de Gaza, bombardée dès le surlendemain de l’attaque. On la voit seulement de loin mais sa présence sonore est permanente. En fond toujours. C’est celle des bombes. Des explosions, à quelques kilomètres de la caméra. Même les silences sont ponctués par des sons de bombardements. Inlassables.

« En un mois à Gaza il y a plus de bombardements de l’armée israélienne que des Etats-Unis en 2019 en Afghanistan », explique à Anat Even un spécialiste de l’armement qu’elle interroge. Selon les déclarations états-uniennes, plus de 7 423 bombes ont été larguées par l’US Air Force sur le territoire afghan cette année-là. En une semaine après les attaques du 7 octobre, le ministère de la santé de Gaza décompte plus de 6 000 bombardements sur le territoire gazaouis, faisant 1 500 morts.

Tourné sur deux ans, le film de la documentariste israélienne, féministe et de gauche, se questionne sur le sens de ce qu’elle voit. Les fantômes du kibboutz et l’horreur des bombardements font d’elle une âme en quête de réponses pour ne pas sombrer dans le désespoir. Anat Even, comme tous les journalistes qui n’étaient pas à Gaza au moment du début de la guerre, n’a pas accès à ce qu’il se passe à l’intérieur de l’enclave. Les images se trouvent sur internet, le monde entier les voit passer tous les jours, les hôpitaux bombardés, les familles déplacées, les enfants meurtris, mais ils sont volontairement absents du documentaire de la réalisatrice. Au cœur de son film, une question : comment parler de la guerre à Gaza sans même montrer Gaza ?

Les bulldozers D9, ici inscrits ne noms de victimes du 7 octobre, sont utilisés par Tsahal depuis la guerre du Sinai (1956). Ils sont notamment utilisés pour terrasser les bâtiments palestiniens. Anat Even les qualifie de "symbole" de l'expansion territoriale d'Israel. (JHR FILMS)

Les bulldozers D9, ici inscrits ne noms de victimes du 7 octobre, sont utilisés par Tsahal depuis la guerre du Sinai (1956). Ils sont notamment utilisés pour terrasser les bâtiments palestiniens. Anat Even les qualifie de « symbole » de l’expansion territoriale d’Israel. (JHR FILMS)

Les Gazaouis ici ne peuvent être représentés que par le bruit des bombes et la vue des immeubles qui s’effondrent. Anat Even arpente le désert du Neguev, longe la frontière et observe cet environnement changer au fil des jours de guerre. Au fur et à mesure, les champs agricoles se transforment en réserve militaire pour Tsahal. La réalisatrice filme les soldats comme on filmerait un documentaire animalier, avec distance, froideur, et quelques interactions sporadiques.

Elle se questionne beaucoup, et écrit, comme on le ferait à un mentor, à l’auteur et metteur en scène Ariel Cypel, israélien vivant en France depuis longtemps. Il l’avoue lui-même, son départ d’Israël et sa vie française lui donnent plus de distance mais aussi un regard plus condamnatoire. Ils échangent par lettres tout au long de la production du film et du conflit. Leurs mots sont représentatifs d’une société civile israélienne qui se déchire, même parfois chez ceux qui partagent les mêmes positions politiques.

Née en 1958, Anat Even a étudié le cinéma à UCLA aux Etats-Unis avant de venir filmer les entrailles de son pays dans les années 1990. Elle se questionne depuis ses premiers récits, sur la place de la nation palestinienne et son oppression par le pouvoir israélien (Enchaînées, 2001). Mais aussi sur le rapport à la mémoire, à l’identité et sur l’appartenance à une nation qu’elle qualifie de « pleine de contradictions ». Le film précise, dès le début, n’avoir « reçu aucun financement de l’État israélien ».

Collapse (face à Gaza) est un grand documentaire malgré la modestie des moyens qu’il emploie – Anat Even et sa caméra -. Ces paysages désertiques et ces scènes minimalistes crient le mal-être de la réalisatrice devant une guerre sanguinaire sans sens. Collapse raconte à sa manière comment Israël vit cette guerre, dans toute l’horreur de sa banalité quotidienne, contre une bande de Gaza qui ne connaît ni répit, ni issue.

"Collaspe (face à Gaza)", film documentaire d'Anat Even, en salles le 6 mai 2026. (JHR FILMS)

« Collaspe (face à Gaza) », film documentaire d’Anat Even, en salles le 6 mai 2026. (JHR FILMS)

Genre : DocumentaireRéalisation : Anat EvenPays : France Durée : 1h18Sortie : 6 mai 2026Distributeur : JHR FilmsSynopsis : Peu après le 7 octobre 2023, Anat retourne dans ce qui était autrefois sa maison. Elle erre et filme pendant plus de deux ans dans ce kibboutz incendié et sur des terres agricoles transformées en machines de destruction. Au-delà de la clôture, Gaza est anéantie.


Source:

www.franceinfo.fr

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