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Au Canada, des livres de bibliothèque bientôt hors de portée des mineurs ?

Le projet de loi porte le nom de « Municipal Affairs and Housing Statutes Amendment Act ». Il modifie plusieurs textes et ne concerne pas uniquement les bibliothèques : Global News mentionne aussi des dispositions sur les taxes foncières, les permis de construire, la conduite des élus municipaux et l’accès de certaines écoles à des terrains publics.

Dans ce texte plus large, les changements apportés au Libraries Act visent les documents contenant des images sexuellement explicites dans les bibliothèques publiques.

Selon les éléments présentés par le gouvernement, les documents concernés ne seraient pas retirés des collections. Ils pourraient être placés derrière un comptoir, sous contrôle du personnel, ou dans des zones séparées. Le ministre des Affaires municipales, Dan Williams, a indiqué que les parents pourraient toujours autoriser leurs enfants à les consulter.

Le ministre a justifié l’inclusion des bibliothèques publiques autonomes par leur usage fréquent, selon lui, par des familles à des fins éducatives. Le projet donnerait aussi au ministre le pouvoir d’ouvrir des examens ou de répondre à des plaintes liées aux bibliothèques publiques. Cette disposition fait partie des points contestés par les opposants au texte, qui redoutent une intervention provinciale dans la gestion locale des collections.

En 2025, le gouvernement albertain avait déjà annoncé un examen de documents jugés inadaptés à l’âge des élèves, avant d’imposer le retrait de livres considérés comme sexuellement explicites ou contenant des représentations visuelles sexuelles. Ces changements avaient entraîné le retrait de dizaines d’ouvrages des rayons des bibliothèques scolaires.

Une contestation centrée sur la consultation et les critères retenus

Parmi les contestataires, la Coalition of Alberta Public Libraries a publié une déclaration le 3 avril, au lendemain de l’annonce. Elle dit représenter 324 points de service de bibliothèques publiques, desservant 99 % des Albertains. L’organisation affirme avoir discuté de liberté intellectuelle avec le ministère des Affaires municipales depuis l’automne 2025, mais ne pas avoir été consultée sur les changements annoncés le 2 avril.

CAP Libraries cite une étude commandée en janvier 2026 à la société de sondages Janet Brown. Selon les résultats publiés par l’organisation, 82 % des Albertains disent faire confiance à leur bibliothèque locale pour prendre les décisions appropriées sur les documents disponibles. Le même sondage indique que 69 % préfèrent que ces choix soient faits localement par du personnel formé, sous l’autorité des conseils de bibliothèque, plutôt que par des règles provinciales.

Le secteur de l’édition a également réagi. L’International Publishers Association rapporte que ses membres, l’Association of Canadian Publishers et le Canadian Publishers’ Council, aux côtés du Literary Press Group of Canada, ont condamné le 17 avril la proposition du gouvernement albertain. Ces organisations estiment que le projet repose sur des critères vagues et subjectifs.

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Elles considèrent que le dispositif pourrait alourdir le travail des réseaux de bibliothèques et de leur personnel. Elles demandent au gouvernement de retirer le texte, de consulter les bibliothèques, les bibliothécaires, les éducateurs et les acteurs communautaires, et de respecter les principes de liberté intellectuelle et d’expertise professionnelle.

Aux États-Unis, la forte hausse des censures de livres s’est aussi construite autour d’un argument de protection de la jeunesse. En 2025, l’American Library Association a recensé 4 235 titres uniques visés par des demandes de retrait ou de restriction, presque autant que lors du record de 2023.

L’organisation relève que 92 % des contestations ont été lancées par des groupes de pression, des représentants gouvernementaux ou des responsables politiques. Les ouvrages concernés portent d’ailleurs souvent sur les expériences de personnes LGBTQIA+ ou de personnes de couleur.

Aux États-Unis, 5 668 volumes ont été bannis en 2025 et 920 autres ont subi des restrictions d’accès, notamment par déplacement vers des zones réservées ou par condition d’emprunt. C’est cette bascule, entre la protection affichée des mineurs et la réduction de l’accès aux collections, que redoutent les opposants au projet de loi.

 Crédits photo : Léa Mei Chicoine – Pexels

Par Ewen BertonContact : eb@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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