Lors de cette deuxième journée d’interrogatoire, l’ancien président de la République a nié avoir bénéficié d’argent de la part du régime de Mouammar Kadhafi. Et il a lâché son ancien collaborateur Claude Guéant, absent pour raisons de santé.
Nicolas Sarkozy reprend du poil de la bête. Après une première journée d’interrogatoire de huit heures sur les circonstances du « pacte de corruption » qu’il est soupçonné d’avoir noué avec la Libye de Mouammar Kadhafi, l’ancien président de la République a répondu avec davantage de verve, mercredi 8 avril, devant la cour d’appel de Paris. L’interrogatoire a porté sur les millions d’euros versés par la Libye qui auraient pu servir à financer sa campagne présidentielle de 2007.
Aux yeux de Nicolas Sarkozy, si des protagonistes de cette affaire ont affirmé que de l’argent libyen a transité pour alimenter sa campagne, c’est par désir de vengeance. « C’est la haine qui s’immisce », déclare-t-il, en référence aux déclarations de Saïf al-Islam Kadhafi, fils du dictateur mort le 3 février en Libye, qui avait révélé en 2011 que Nicolas Sarkozy avait bénéficié d’un financement libyen.
« La haine » : Nicolas Sarkozy répète encore ce mot, avec morgue, au sujet de l’homme d’affaires Ziad Takieddine. Considéré comme un intermédiaire, le Franco-Libanais, jugé par défaut l’année dernière, est mort à la veille du jugement. A l’instar de son premier procès, Nicolas Sarkozy l’a chargé à nouveau mercredi. Selon lui, Ziad Takieddine a livré « 16 ou 17 versions » différentes des faits.
« On est dans un asile d’aliénés, mobilisés par la haine ! »
Nicolas Sarkozy, ancien président de la Républiquedevant la cour d’appel de Paris
« Aujourd’hui, je sais que l’argent libyen a servi à financer le train de vie de Ziad Takieddine », assure l’ex-chef de l’Etat à la barre, vêtu à nouveau d’un costume cravate sombre sur une chemise blanche, un stylo toujours entre les mains.
Une partie de ces versements a-t-elle pu circuler pendant sa campagne présidentielle ? En première instance, le tribunal n’a pas été en mesure de le démontrer. Il n’a pas non plus été prouvé qu’un volume d’espèce supérieur à 35 000 euros a été versé. Ce qui a conduit à la relaxe de Nicolas Sarkozy pour financement illégal de campagne électorale. Mais devant la cour d’appel de Paris, il est à nouveau jugé pour ce délit.
Nicolas Sarkozy commence par expliquer pourquoi Eric Woerth, trésorier de l’UMP à l’époque des faits, « connu pour une certaine rigueur », devient aussi trésorier de sa campagne. Et comment, dès son accession à la présidence de l’UMP, en novembre 2004, les deux hommes mettent en place « un système de cercles de donateurs, avec des dîners de levée de fonds ». Résultat : « Les cotisations ont été multipliées par quatre » et les dons « sont montés à 4 millions en 2005 ».
Les dons ont continué d’affluer, de façon anonyme, pendant la campagne de 2007, selon les explications d’Eric Woerth. Interrogé par la cour d’appel de Paris mi-mars, l’ancien trésorier a parlé d’enveloppes avec des espèces, envoyées ou déposées au siège de l’UMP et au QG de campagne. D’après lui, de mystérieux donateurs ont effectué « une dizaine d’envois » pour un total de « 30 000 ou 35 000 euros ». Nicolas Sarkozy reste sur la même ligne : « Il n’y a pas eu de circulation d’espèces dans ma campagne, au-delà de quelques remboursements de frais dont a parlé Eric Woerth. C’est que je sais et c’est ce que je crois. »
« Il n’y a pas eu de circulation de liquide dans ma campagne en 2007. »
Nicolas Sarkozy, ancien président de la Républiquedevant la cour d’appel de Paris
Le président de la cour, Olivier Géron, insiste. Le prévenu, lui, trépigne. « Cette campagne a été vérifiée par des juges d’instruction à deux reprises. Il n’y a pas eu une enquête, une instruction, il y en a eu deux ! martèle Nicolas Sarkozy. Et on n’est pas fichu de trouver un seul fournisseur payé en cash, y compris les plus petits, y compris le resto du Fouquet’s, le fameux. »
Le magistrat s’intéresse aussi au rôle crucial de Claude Guéant, directeur de la campagne de Nicolas Sarkozy. Pourquoi choisir un profil qui n’a « pas d’expérience électorale » ? « J’avais besoin d’une équipe de techniciens, une team de grosses têtes avec une expérience technocratique, alors que j’étais plutôt vu comme un produit politique pur », justifie l’intéressé. Savait-il qu’à partir du printemps 2007, Claude Guéant avait loué un vaste coffre-fort dans une banque au cœur de Paris, pour y entreposer des espèces ? Non, répète l’ancien chef d’Etat.
Alors le président de la cour s’y prend autrement : Olivier Géron revient sur les dépôts et paiements en espèces effectués par Claude Guéant, en plus des dons à ses enfants, lorsqu’il était secrétaire général à l’Elysée. « Au total, 324 657 euros », expose Olivier Géron. « Qu’est-ce que vous avez à dire par rapport à cela ? », demande le magistrat à Nicolas Sarkozy, qui fronce les sourcils.
« Je ne connais pas la vie personnelle et la façon dont Claude Guéant règle ses dépenses. Il ne m’en a, pour le coup, jamais parlé. C’est à Monsieur Guéant d’expliquer ce qu’il a fait et pourquoi il l’a fait. » Or, l’ancien collaborateur est absent de ce procès en appel pour raisons de santé.
« Moi, je ne peux pas dire comment Claude Guéant gère ses courses ou alimente les comptes de ses enfants, franchement ! »
Nicolas Sarkozy, ancien président de la Républiquedevant la cour d’appel de Paris
Le président de la cour rebondit et sous-entend que Claude Guéant, accusé d’enrichissement personnel, a pu profiter de la situation : « Est-ce que vous pensez qu’à ce moment-là, vos intérêts, et les intérêts de vos collaborateurs, étaient toujours identiques ? » « J’en avais la certitude. Depuis que je me plonge dans le dossier, je l’ai moins », concède Nicolas Sarkozy, qui lâche, sans hésitation, son ancien collaborateur. L’ex-chef d’Etat enfonce le clou en fin d’après-midi :
« Je n’ai jamais été invité chez Monsieur Guéant. On n’avait pas de vie mondaine ou sociale ensemble. »
Nicolas Sarkozy, ancien président de la Républiquedevant la cour d’appel de Paris
Sûr de lui, Nicolas Sarkozy « pense avoir été cohérent » en cette deuxième journée d’interrogatoire. « C’est déjà un grand pas vers la crédibilité », s’empresse-t-il d’ajouter. « Au plan judiciaire, c’est plus compliqué que ça, Monsieur Sarkozy », rétorque le président de la cour, avant de suspendre l’audience. Il reste à l’ancien président de la République un jour et demi d’interrogatoire pour convaincre.
Source:
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